mardi 16 septembre 2014

SUMMER DIARIES #7: ARDENNES'HEAVY METAL PIRATES



Il y a quelques années le grand hobby du copain Syd était d'aller sur des forums ou des communautés pour troller des gens. De cette drôle d'activité en a résulté bizarrement quelques belles rencontres et parfois même de solides amitiés avec d'autres énergumènes comme lui. Il honore l'une d'entre elle en allant avec Seb chaque année jusque Reims pour passer une nuit dantesque et retrouver une de ses copines française et ses poteaux afin de célébrer leur drôle de relation et mettre le virtuel de côté le temps d'une soirée.

Bienheureux de leurs expériences lors des festivités des années passées où il avaient pourtant peur de finir découpés en petits morceaux dans le fin fond des Ardennes lors de leur première visite, ils m'ont gentiment demandé si je voulais les accompagner pour assister à leur cérémonie annuelle de déchéance humaine, à leur solstice de la bière. Ils allaient en effet probablement se murger la gueule, sauter dans le feu, jeter un de leurs compères dans l'étang, danser toute la nuit dans les bois, s'endormir à cinq heures du matin dans des tentes et se réveiller avec les biquettes de la fermette dans leur sac de couchage et une gueule de bois phénoménale. Etant donné que j'allais être comme d'habitude probablement la seule personne sobre dans le tas et et que je dois probablement ressembler à ceci à chaque fin de soirée arrosée aux yeux des autres, ma candidature n'était pas vraiment évidente ou idéale.


J'ai pourtant accepté l'invitation à l'aventure avec grand plaisir même s'il y avait l'un ou l'autre aspect qui me motivait plus particulièrement: il y aurait des chèvres, j'allais dormir dans les bois et m'échapper de la ville loin des connards qui klaxonnent à quatre heures du matin, on passerait par la maison d'enfance de Syd dont j'avais hâte de rencontrer les géniteurs, j'allais passer mon premier vrai week-end dans les Ardennes que je connaissais très peu et qui est fondamental dans la culture et la mentalité belge, et enfin sur la route du retour il y avait le patelin de Charleville-Mézières, où se trouve Woinic, le plus grand sanglier du monde. Rien que ça.

On démarre ainsi notre road trip dans la voiture de Syd qui dégueule des cds de partout pour soutenir notre voyage. Il nous passe ce qu'il appelle "une prémonition de ce qui va se passer ce week-end", avec un morceau du dernier Alestorm. Je commence à avoir peur.


Le reste sera un joyeux mix d'un peu tout ça:


Fantastique pour une conduite musclée, phénoménal pour un mal de tête infernal au bout d'une heure. Après des chemin boisés interminables de beauté, on arrive après plusieurs heures chez les parents de Syd qui s'avèrent être des gens tout à fait adorables et respectables et loin d'être les dingusses que je m'étais imaginée vu leur spécimen de fils. On mange beaucoup d'aliments qui proviennent de leur potager et je reste longtemps dehors la nuit tombée, puisqu'avec les lumières aveuglantes de la ville, cela fait des années que je n'ai plus vu la moindre étoile. J'en chope une filante et un torticolis au passage et je passe une nuit désastreuse à cause d'un kéké qui écoute sa dub jusqu'à quatre heures du matin. Il est où hein le calme légendaire de la campagne? Dans mon cul manifestement.

Lever aux aurores pour passer au magasin de déguisement et au supermarché pour faire "des provisions" (comprenez levure liquide pour certains, café glacé pour moi pour survivre le lendemain matin), et ne pas arriver trop tard chez nos hôtes. Le magasin de déguisement est le plus louche dans lequel je suis rentrée, le supermarché le plus "super" que j'ai pu traverser. Le voyage est très long et quand on passe en France, les garçons soulignent les innombrables différences avec les infrastructures belges qui hurlent malgré la signalisation routière que nous avons bien pénétrés sur un nouveau territoire. Je vois pas trop de changements flagrants de mon côté, pour moi c'est le bled absolu en ligne droite de part et d'autre de la frontière.

On débarque finalement dans le patelin où nous sommes invités, et j'ai le ventre qui se noue soudainement à l'idée de devoir passer une nuit et une journée entière avec des gens que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam. Une perspective que j'aurais complètement fui en temps normal si je n'avais pas été si chaleureusement entourée et qui aurait créé une source d'angoisse considérable si j'avais été seule et livrée à moi-même. On se parque et à un jet de lance-roquettes je distingue un complexe ferroviaire abandonné. Je me dis que si on ne peut pas me saquer j'aurais toujours un périple urbex sous la main pour m'éclipser.

Traumatisée par le contact humain et l'échec social de certaines expériences passées, je suis étonnée de constater que la soirée se passe...à merveille. Les discussions coulent et ne s'arrêtent pas: on passe du feu follet au cosplay, d'Emilie Autumn (notre hôte s'appelle Opheli(a)e) à nos avenirs professionnels. En l'espace d'une heure certaines personnes me proposent déjà de les accompagner à des événements futurs sur Paris, d'autres me trouvent une ressemblance avec une sirène du jeu Borderlands. Je prends ça comme de l'adoption et je sais que je peux baisser ma garde et que tout se passera très bien.

Borderlands, Lilith
Je trouve de mon côté que je ressemble d'avantage à Fetch d'Infamous.

Les heures passent autour d'un barbecue gargantuesque et nos compagnons de table s'avèrent de plus en plus sympas et charmants. Il fait nuit noire, l'heure apparemment de bouger de la maison familiale pour se lancer dans une chasse aux trésors nocturne. Le thème de la soirée est bien entendu la piraterie qui fait totalement honneur au copain Syd et qui sera d'ailleurs la grosse ligne directrice de nos activités. Munis de nos tricornes et de nos drapeaux nous partons sillonner le quartier, atterrissant tantôt dans un cimetière, tantôt dans la gare abandonnée repérée au préalable à la recherche d'indices qui nous mèneront au trésor qui se trouve enfoui sur le lieu des festivités, un terrain fabuleusement équipé pour nous accueillir et répondre à tous nos besoins.

C'est Halloween dans mon coeur et dans ma tête tout du long, je replonge en enfance et m'amuse comme une folle. Des tentes aménagées, un énorme feu de camp, un buffet d'anthologie, des lumières d'ambiance et des stéreos nous attendent au milieu de la forêt et c'est de loin la fête la plus épique et la plus touchante qui est sur le point de démarrer. Syd devient totalement hystérique et hurle WE ARE HERE TO DRINK YOUR BEER alors que l'hymne de sa vie résonne en fond et tout son univers se matérialise soudainement devant mes yeux et prend vie avec un sens nouveau, celui des grands enfants qui font la fête comme si demain n'allait jamais exister et qui se prennent pour des corsaires des temps modernes.


On allume mes vieux feux d'artifice pourris et on fait fondre des marshmallows sur des sticks en bois, on danse et chante comme des malades, on se goinfre de junk food, et je suis complètement aux anges de me sentir si bien sans devoir tenir de conversations soutenues où je me sentirais jugée ou prise au piège à chaque tournant et sans n'avoir rien à prouver à personne.

Je parle avec la cousine un moment et on aborde nos goûts musicaux, elle m'avoue être une fan inconditionnelle d'Indochine et de Placebo, et je me dis "sacrés français". Je lui dis merci, parce que même si ce ne sont pas des groupes qui ont joué un impact déterminant dans mon évolution et dont je me suis volontairement désintéressée par le passé, ce sont toutefois deux mots que je n'ai plus entendus prononcés depuis probablement 10 ans et qui sonnent aujourd'hui délicieusement à mes oreilles. Deux noms qui ont soulevés un nuage atomique de souvenirs de mon adolescence, d'amitiés brisées, de soirées Mtv et de morceaux qui ont circulé dans ma radio, ma télé ou dans la bouche d'amies oubliées. 

Cette nuit sauvage du côté de Reims se transforme en un tourbillon de nostalgie, un voyage dans le temps, les inconnus d'il y a quelques heures semblent soudainement très proches et fouillent sans concession dans mes entrailles et reconnectent sans le savoir les synapses endormis du passé. Je ne sais pas si ce sont les braises ou les cendres de ce drôle de rendez-vous qui me font monter les larmes aux yeux, mais c'est que dans tous les cas la fatigue gagne, me rendant trop sensible, et qu'il est l'heure de se coucher.




La matinée est rude et j'ai tout le loisir de découvrir qu'un coq ne se contente pas de pousser quelques cris à l'aube mais que lorsqu'il est lancé il est parti pour toute la journée. Avec trois d'entre eux vous avez une véritable chorale pour vous extraire du lit qui me ferait presque regretter la racaille-plus-si-bruyante-que-ça-finalement de mon quartier.

Il faut bientôt mettre les voiles, et nous parlons des péripéties de la veille autour d'une bonne dose de caféine et d'un copieux petit-déjeuner. Il semblerait que les aventures d'hier soir furent un plaisir partagé et l'idée de faire ça plusieurs fois sur l'année est mise sur le tapis pour goûter à l'idée du plaisir de prolonger la rigolade. Mais nous arrivons tous à la conclusion que cela perdrait son côté unique, traditionnel et extraordinaire si cela devenait trop courant, alors nous sommes d'accord de nous revoir dans un an. 12 mois nous séparerons donc d'une prochaine rencontre.

On a du mal à se dire au revoir, et c'est sous une fine pluie qu'on semble tous avoir le coeur un peu serrés à l'idée de se séparer. On arrive finalement à décoller, et c'est reparti finalement pour cinq heures de route en sens inverse. Je regarde le paysage défiler et je suis un peu déconcertée à l'idée de me rendre compte qu'il y a des gens avec qui je connecte instantanément et auxquels je me suis très vite attachée, et qu'il y en a peut-être d'autres qui patientent au milieu de nulle part. Je ne suis pas sûre que cela me fasse plaisir puisque les kilomètres qui nous séparent grandit en l'espace de quelques minutes, rétrécissant les silhouettes qui nous saluent au fur et à mesure que nous nous éloignons.

Let's never come here again, because it wouldn't be as much fun.

Dernière étape de notre escale et qui va carrément me remonter le moral, un arrêt dans les Ardennes françaises pour aller saluer Woinic. Seb m'a montré un cliché étourdissant d'une statue de sanglier qui se trouvait sur le chemin du retour de l'année précédente et je suis tombée instantanément en amour de cette sculpture monumentale que je voulais voir moi aussi absolument (vous avez tout le droit de me juger.)

Comme tous les monuments impressionnants que j'ai pu voir en photo, j'ai été assez déçue sur place, j'ai toujours cette conception totalement irrationnelle et foireuse des grandeurs. La dernière en date était dans Enemy où mon pauvre cerveau a fait un lien maladroit avec l'araignée de Louise Bourgeois, en pensant réellement qu'une statue de cette proportion existait quelque part sur cette planète.

Enemy, 2014
Maman, Louise Bourgeois (1999)

On m'a quand même remis les pendules à l'heure en me disant que l'artiste avait travaillé quelque chose comme 10 ans sur ce projet et que le sanglier avait été tracté dans une bonne partie de la ville pour occuper sa place actuelle, un évènement que les gens du coin n'étaient sans doute pas près d'oublier. Si tu as du temps à perdre aujourd'hui et que tu veux rigoler, voilà de la documentation pour ta culture à replacer qui sait peut-être un jour en société.

A part ça? Rien.

mardi 2 septembre 2014

SUMMER DIARIES #6: MEDIEVAL TIMES AT CASTLEFEST


C'est lors d'un barbe-cul dans le jardin le mois passé que j'ai exprimé ma frustration de ne pas avoir suffisamment profité de manifestations médiévales cette année. A Bruxelles, il y en a deux grandes qui me viennent à l'esprit, la première se déroule début juin et nous l'avons bien consommée, la deuxième se déroule mi-septembre et approche doucement. "Le problème" c'est qu'à chaque fois que j'y vais c'est le bien-être absolu, le bonheur brut et que je me rends compte que dans le meilleur des mondes je ferais bien ça toute l'année, ou plus raisonnablement tout l'été et que trois mois d'écart entre les deux pendant la saison chaude, c'est trop demander.

Je sais qu'il y a d'autres événements qui se font pas mal en Belgique, mais n'ayant jamais entendu personne dans mon entourage m'en conseiller une plus qu'une autre et privilégiant les recommandations et le bouche à oreille, je n'ai jamais vraiment pris le temps de fouiller. C'est alors que Juju s'est exclamé dans le jardin: "Mais il y a le Castlefest bientôt en Hollande qui se déroule dans le domaine d'un château et qui mêle festival de pagan à un marché!".

Après une brève séance d'auto-information sur internet, et une collection hallucinante de clichés prometteurs des années précédentes,  nous nous rendons en quelques heures de route à Lisse dans les Pays-Bas début août pour découvrir le Castlefest. Lisse, manifestement très connue pour ses tulipes, est un patelin qui m'était totalement inconnu jusqu'à présent, et c'est sans doute le plus gros, et le plus beau cliché hollandais que j'ai vu de toute ma vie:

Lisse, Pays-Bas

On a fait deux grosses erreurs en arrivant sur place. La première, c'est de ne pas avoir pris le plan proposé à l'entrée

Nous sommes en effet arrivés à notre aise sur la première partie du festival qui était déjà très grande, assez magique, et à l'atmosphère enchanteresse. On a donc bien profité des lieux et on s'est posés plus longtemps qu'on aurait dû, le terrain était beaucoup plus grand, complet, riche et fouillé que tout ce que j'avais pu expérimenter à Bruxelles. Pas mal de personnes passaient par un petit talus boisé pour accéder à la suite que j'imaginais d'ampleur égale à celle que nous avions déjà explorée et qui nous prendrait sans doute le même temps à arpenter. Sauf que je me suis fourré le doigt dans l'oeil jusqu'à l'os.

On a dû commencer à courir dans tous les sens pour essayer de découvrir le site du festival dans son intégralité puisqu'il faisait facilement 10 fois la taille de "la mise en bouche" à laquelle nous venions de goûter. Au moins quatre scènes différentes, un milliard d'exposants, des jardins variés dans un parc immense noir de monde, je slalomais comme une cinglée de gauche à droite pour faire mes emplettes avant que les échoppes ne viennent à fermer (une planche ouija artisanale, des ossements variés...), puisqu'on était déjà en début de soirée. Grosse boulette.



Deuxième erreur, ne pas avoir approfondi le time schedule des groupes. J'avais pourtant checké rapidement la liste, mais au premier abord rien ne semblait familier ou m'évoquer quelque chose. Je regrette carrément de ne pas avoir fait mes devoirs, beaucoup de personnes avaient par exemple un t-shirt d'Omnia qui fût pour moi un immense coup de coeur lorsque je leur ai tendu une oreille curieuse en rentrant et que j'ai complètement loupé. J'ai quand même bon espoir de les voir puisqu'ils viennent de nos contrées et que j'espère cette fois-ci ne pas rater cette opportunité!

J'étais aussi dépitée en voyant que le side project de Gaahl, Wardruna, était de la partie lorsque j'étais sur place, et d'avoir complètement raté leur incroyable son nordique, bande originale en plus de la série Vikings qui m'a complètement retourné le coeur cette année. Je me décerne la palme d'or de la nullité et je pars me fouetter avec de orties.



Le Castlefest est le rassemblement le plus cool que j'ai fait cette année, et humainement le plus riche. J'ai eu  notamment un énorme moment d'émotion en arrivant au milieu d'une plaine en voyant des couples de chevelus danser tous ensemble comme si c'était leur dernier jour sur terre. J'ai été assez surprise d'en être touchée au point de devoir ravaler mes larmes, et je suis toujours étonnée par ces vagues de bonheur intenses qui me traversent subitement et qui sont un bon baromètre de ce qui est nécessaire à mon bien-être.

Au plus le temps passe, au plus je me reconnais dans cette mouvance et cette scène riche et authentique, je trouve de plus en plus ma place dans le folk et le pagan et je me rends compte que dès que je quitte un marché médiéval je n'ai qu'une seule envie c'est d'y retourner. J'espère tester le mode camping l'année prochaine pour avoir le temps de profiter de tout dans les moindres détails et ne pas de nouveau être la victime d'une course contre la montre, et rester dans ce noyau magique le plus longtemps possible puisque le festival se déroule sur trois jours.

Pour ceux qui seraient aussi intéressés par le milieu, il y a le Elf Fantasy Fair (Elfia aujourd'hui) qui aura lieu mi-septembre et qui ressemble en tout point au Castlefest. J'étais déjà en train de planifier mon week-end avant de percuter qu'on avait le concert d'Alestorm et celui de Nadja les mêmes jours et que ce serait impossible à mon plus grand dam d'essayer de tout entrelacer. A bon entendeur donc!