mardi 24 février 2015

COPENHAGUE


Arrivés à Copenhague, ce fût immédiatement la grosse déception. La ville est sale, les rues sont éventrées et en totale (dé)constructions, les immeubles sont horriblement fades et impersonnels. J'ai trouvé les danois inéduqués et grossiers et les danoises bruyantes et quelconques.On oscillait soit entre le luxe des beaux quartiers de Paris ou la misère profonde d'Amsterdam, deux villes où j'évite de remettre les pieds. Je ne m'étendrai donc pas sur le "charme" de la ville qui m'a laissée une très mauvaise impression. Au plus je flânais, au plus mon sourire se fânait. C'est d'ailleurs le premier endroit où je ne me suis pas sentie en sécurité et où j'ai préféré rester dans ma chambre d'hôtel plutôt que de m'aventurer le monde extérieur, moi qui suis pourtant d'un naturel assez téméraire et d'humeur toujours exploratrice.

J'espérais ramener avec moi une pièce de Barbara I Gongini, une designeuse locale que j'adore, je n'ai même pas osé passer la porte des enseignes de peur de me faire escorter par la sécurité à grands coups de pieds.

Quant au tatouage, j'en avais de grandes espérances, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il change ma vie à ce point. J'étais partie avec un projet, je suis rentrée avec bien plus, avec des réponses. En évoquant dernièrement mon roadtrip du tatouage, Eli avait utilisé le mot "pèlerinage" pour décrire mes errances en matière d'encre, et c'est exactement le terme que j'utiliserais aujourd'hui pour décrire cette aventure qui fût en tout point hédonique. 

Il y a souvent ce schéma dans les contes pour enfant où le héros entreprend cette longue quête semée d'embûches pour parvenir à ce vieux sage auquel il peut poser trois questions. Trois questions cruciales sur des aspects qui bloquent l'existence, à la poursuite de réponses, de pistes, d'illuminations qui permettraient de continuer sa route et rentrer chez soi plus épanoui. La rencontre avec Peter Madsen s'illustre à mes yeux un peu de cette manière, j'y ai trouvé plus qu'un tatoueur, je crois que j'ai trouvé un guide.

C'est étrange parce qu'au début j'avais cette drôle d'impression qu'il ne pouvait vraiment pas me saquer, et peut-être était-ce le cas, finalement. Après tout j'étais dans une ville que je n'aimais pas et qui me le rendait bien, puisqu'il y avait déjà quelque chose d'incompatible dans ce voyage, la déception n'avait pas besoin de grand chose pour prendre encore plus de dimension. Je me percevais comme cette touriste trop bavarde, incapable de le laisser se concentrer sur son trait, curieuse du moindre grain de poussière qui ornait la pièce, avec ce comportement invasif et ridicule à prendre des photos de tout et n'importe quoi et qui n'hésitait pas à piocher sans la moindre permission des livres dans la bibliothèque pour aller les dévorer dans un coin.

Je me suis faite d'ailleurs toute petite le lendemain lorsque c'était mon tour,de peur que mon aisance ne passe comme un manque cruel de savoir-vivre. En débardeur, tous les tatoueurs sont venus scruter mon dos pour deviner ce que révélaient les traits étranges qui dépassaient du tatouage de Léa Nahon, avant de tomber le t-shirt un peu gênée, dévoilant ainsi une bonne partie de mon corps, pour qu'ils voient l'entièreté de la pièce dont ils étaient si curieux.

Linnea Thomasia,sans doute le cover-up le plus poupulaire de Madsen.

Rhabillée, Peter empoigne un feutre et commence à me dessiner sur le bras en me demandant de me tenir bien droite pour commencer mon projet. Il affirme quelques minutes plus tard: "Quand on aura fini ton bras, laisse-moi m'occuper du haut de ton torse." Je le regarde complètement abasourdie, éberluée par sa proposition. Mon décolleté est en effet une énorme source de complexe et d'angoisse depuis que je me suis fait encrer n'importe quoi à cet endroit il y a une bonne dizaine d'années. J'ai des motifs horribles qui ornent ma peau que je ne dévoile sous aucun prétexte auxquels j'ai déjà essayé de trouver une solution, en vain. Toutes les démarches entreprises avec différents artistes pour régler le problème ont abouti sur du vide, mes espoirs écrabouillés par de l'indifférence. Fatiguée d'envoyer des SOS dans le néant, je m'étais faite à l'idée de devoir porter ces vieux dessins tels des stigmates dont je ne me débarrasserais jamais.

Alors qu'un inconnu sonde immédiatement cette angoisse en moi,me tende une énorme main et me propose impunément de régler mon problème et de me libérer pour de bon d'un handicap qui me pèse, ça m'a profondément émue.J'ai bien sûr accepté sur le champ,les larmes aux yeux, un peu déboussolée en regardant les images d'autres filles sur qui il avait effectué des cover up au même emplacement, muées comme moi dans le même état de regret. 



Il m'avoue ensuite que c'est vraiment dommage que j'impose une restriction au niveau des mains et du cou qu'il estime apparemment comme d'excellentes surfaces à travailler sur mon profil, et me demande si je compte les aborder un jour. Je lui explique que je ne pense pas que ce sera le cas pour des raisons qui me semblent logiques et évidentes avec la société actuelle et mon statut d'éternelle employée, que c'est une protection que je dois forcément m'imposer "au cas où". Il me dit avec toute la simplicité du monde que ce n'est pas grave et que je reviendrai le voir lorsque je n'aurai plus de limite et que j'atteindrai ce moment de ma vie où je pourrai disposer librement de mon corps sans devoir me soucier des apparences. 

Ça m'a complètement sciée. Que cette personne que je connaissais depuis la veille me parle avec le certitude qu'un jour je serai libre d'être entièrement moi-même, comme si elle l'avait lu dans les cartes et que c'était ma destinée. Qu'elle me regarde dans les yeux en m'annonçant que j'arriverai à un moment donné à ce stade de ma vie et qu'il n'y avait aucun doute là-dessus. J'ai savouré pendant quelques minutes cette perspective, ce fantasme auquel on me permettait de songer, auquel j'avais droit pendant quelques instants, du moins dans la tête d'un inconnu que je connaissais depuis moins de 48h.

A partir de ce moment là, Copenhague devînt magique. Je venais seulement pour une grosse pièce, alors que soudainement dans ma tête se bouscule en quelques échanges des rêves, des options, des possibilités. Le dessin sur mon bras prend forme et est absolument sublime. Finalement nous nous mettons d'accord pour fusionner les deux courants artistiques les plus importants à ma chair, dans ma chair, et les allures celtiques prennent quelques accents d'art nouveau, made in Belgium oblige. Il me parle de ces étranges théories sur les êtres humains, et je lui partage que la mienne c'est que chacun d'entre nous possède une architecture en lui. Je ne sais pas quelle serait la vôtre?

Pendant toute la session, il craque son cou violemment à plusieurs reprises, et j'apprends que le métier est en train de le tuer à petit feu. Pour qu'il puisse le continuer pendant les 10 prochaines années, il doit se rendre chez le chiropracteur une fois par semaine, a dû abandonner à sa plus grande tristesse son mode de vie végétarien et s'adonne à une routine d'exercice physique très intense pour ne pas s'effondrer. En juillet, je reviens pour deux jours consécutifs de tatouage et ça me fait un peu peur, je lui demande des conseils sur la manière d'approcher la chose, puisqu'il a des clients qui se font piquer parfois jusqu'à 5 jours de suite. Il m'explique qu'il a remarqué que les personnes qui tiennent le mieux la distance sont souvent celles comme lui, qui s'adonnent à un "sport de type méditatif", et que cela aide autant physiquement et mentalement à appréhender et gérer la douleur.



Candlelight Yoga

Ça m'intéresse beaucoup et lui explique mon triste regret du Hotpod Yoga de Londres qui était à mes yeux la discipline qui me correspondait le mieux, mais que j'ai dû laisser aux anglais puisqu' introuvable en Belgique. Une immense déception pour moi qui avait été convaincue immédiatement par les bienfaits de ce workout sur mon organisme. Il me propose d'essayer de me renseigner à nouveau avec les termes Bikram Yoga, et qu'avec ces nouveaux mots clés je devrais trouver mon bonheur dès mon retour à Bruxelles. Au détour d'une recherche, mon ignorance m'a explosé au visage, au détour de quelques paroles, cette rencontre révolutionne une fois de plus mon quotidien.

Je commence le Bikram Yoga en mars. Trois fois par semaine. 3 séances d'1h30 dans une pièce à 40 degrés. Je mets d'énormes espoirs dans cette nouvelle activité en croisant les doigts pour que ce rythme d'enfer me permette d'évacuer le stress accumulé au quotidien et de me sentir mieux dans mes baskets. Que le cours collectif me donnera aussi plus de courage que la salle du sport qui a bien du mal à m'attirer ces derniers temps, et que cela fera aussi office de thérapie qui m'aidera à ne plus aboyer sur mes collègues pour un rien. J'hésite aussi à complémenter avec une séance de Candlelight Yoga une fois par mois pour le plaisir, à cause de mon attirance ridicule pour la cire et les bougies.

Unoform

Copenhague a changé beaucoup d'aspects de mon existence, et a été l'étincelle provoquant les déclics que j'espérais. En passant devant une vitrine de mobilier scandinave Unoform qui a complètement révolutionné ma manière d'aborder l'espace et en entendant des discussions entre collègues au salon sur l'importance d'avoir un chez soi reluisant et totalement hygiénique pour bien cicatriser, le week-end de mon retour j'ai tout jeté chez moi. Cela fait 10 ans que je vis dans de la merde et que j'essaye progressivement d'améliorer la chose, j'ai exterminé en deux week-ends ce qui m'a pris trois mois de travail auparavant, remontée à bloc. J'ai changé complètement la salle à manger pour en faire un espace dégagé de picnic intérieur d'inspiration nordique, et la suite n'attend que le salaire du mois prochain pour prendre enfin forme.

J'avais envie aussi de changer de petit-déjeuner, lassée par les biscuits secs que j'avale quotidiennement plus par routine que par plaisir, les brunchs danois ont remodelé complètement cette conception avec leur traditionnelle verrine de yaourt, de muesli et de fruits sous un mince filet de sirop d'érable. Un bonheur qui va remplacer mes accoutumances matinales et que je vais décliner à volonté.

Petit-déjeuner typiquement scandinave

Aussi, Peter m'a parlé de son enfance et de la bande-dessinée Valhalla qui semblait être dans tous les foyers danois de son époque. Ça m'a rappelé la mienne à lire des Thorgal que ma mère m'achetait fréquemment,et que je lisais en boucle avant d'en avoir une nouvelle. Je suis allée m'inscrire à la bibliothèque pour emprunter toute la collection et re-découvrir la série dans son entièreté, 20 ans plus tard. Je suis tombée sur des ouvrages fabuleux que j'ai hâte de ramener chez moi, étonnée qu'au monde des livres empruntés on ne trouve pas que des bibles et des encyclopédies. J'ai d'ailleurs déjà ramené un ouvrage "de plantes sorcières" que je dévore par-ci par-là.

Plantes Sorcières

Au niveau musical, grands coups de coeur pour Russian Circles et Milanku qui faisaient office de fond sonore parmi tant d'autres. Dans ce salon où les gens parlaient danois et anglais, où il y avait des tatoueurs russes et polonais et où j'y rajoutais quelques mots de français, je suis tombée amoureuse d'un groupe américain et québécois. L'espace de quelques instants, j'étais une planète. 

Des voyages sont en place également. Je retourne au début des grandes vacances et j'en ai profité pour prendre une semaine entière pour faire un crochet par la Norvège de quelques jours. Nous irons faire du kayak dans les fjords de Bergen, prendre des photos de Borgund dont mon bras est totalement inspiré, nous ferons une petite balade du côté de Gudvangen à cause d'une interview de Wardruna, et si le temps ne vient pas à manquer peut-être que nous aurons le temps de faire un tour au parc de Hallingskarvet.J'ai hâte. Je crois que ça va me changer.

jeudi 5 février 2015

ATLAS OBSCURA #1


"Read between the lines" Church

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