mercredi 30 juillet 2014

SUMMER DIARIES #2: GOING BACK TO LONDON, AS ALWAYS


Ma plus grande frayeur lorsque je décide de nouveau d'aller à Londres,c'est sans doute de constater que j'en ai fait le tour. J'essaie en effet d'y aller une fois par an depuis mon premier ensorcellement à mes 16 ans, on pourrait croire qu'après une petite dizaine de fois il n'y ait plus grand chose à voir et que je finisse naturellement par me lasser.Mais voilà Londres ne s'apparente pas vraiment à une ville mais d'avantage à "La maison des feuilles", lorsque vous ouvrez une porte où il n'y avait qu'un placard auparavant, s'étend l'année suivante un labyrinthe de couloirs nouveaux et de possibilités que vous n'aviez pas imaginées. Le planning de mes 4 jours a probablement été le plus fourni et le plus jouissif de ces 10 dernières années, laissez-moi vous le raconter en détails dans son entièreté.

J'ai quand même d'abord commencé avec une mauvaise décision, celle de partir de soirée pour la première fois, ce que je ne referais sans doute pas. On était dans le rush total  pour rassembler nos dernières affaires après le boulot, j'étais persuadée d'avoir oublié la moitié ( ça fait trois années de suite que j'oublie ma brosse à dents...), et le moindre imprévu qui me faisait perdre une minute dans cette tâche me rendait grognon et désagréable. Un peu claquée par la longue journée au travail, le trajet en Eurostar dont je me réjouis habituellement m'a paru interminable, je préfère largement les matins qui sentent les voyages où je me réveille de bonne humeur et où le moral est boosté pour attaquer la journée. On est arrivés sur place comme des zombies, et ne pas trouver dans la seconde l'hôtel sous une pluie nocturne et le ventre creux m'ont transformée d'un claquement de doigt en un petit être misérable.

Qbic London

On pourrait croire que Londres regorge d'hôtels originaux et imaginatifs, mais je dois admettre n'en avoir trouvé aucun mis à part celui dans lequel nous avons logé et que j'avais déjà découvert au préalable. Le Qbic d'Amsterdam m'avait enchantée lors de notre séjour aux Pays-bas, et j'avais retenu sur le tas qu'ils avaient également ouvert un hôtel à Londres. Je n'ai pas eu beaucoup à réfléchir puisqu'il s'est vite avéré être à la fois le plus chouette mais également le moins cher de la liste très succincte des endroits susceptibles de m'intéresser...

Le Qbic de Londres est tout simplement parfait. Le check-in a pris 30 secondes, l'eau et le café sont gratuits à volonté, la chambre est juste comme il faut, il y a un parc, un Starbucks, un Tesco, un KFC et une station de métro dans un rayon de 30 mètres, que demander de plus? (De la mayonnaise en spray, un petit singe qui ferait ma vaisselle et un exterminateur d'humains qui dansent la rhumba sous ma fenêtre à 3 heure du matin.)

Ou de payer sa chambre 1 pound la nuit par exemple? C'est possible! Je suis inscrite au concours mensuel du site web qui envoie un lien tous les 30 jours pour vous permettre peut-être de gagner une chambre gratos le mois qui suit, au cas où vous voudriez vous improviser un petit week-end dans la capitale anglaise, ce que personnellement je veux faire au moins dix fois l'an, et si pour vous c'est pareil, je vous conseille également de souscrire.A bon entendeur poilu.


J'étais un peu sceptique par contre à propos de son emplacement, puisque c'est à deux pas de Whitechapel qui m'a laissé un souvenir très marquant lorsque je m'y suis rendue il y a 10 ans pour suivre les traces de Jack l'éventreur et que ça a tourné vite court. Je me suis rendue compte à 16 ans qu'il y avait des zones de Londres où ce n'était pas du tout glamour, où il y avait comme à Bruxelles des minorités qui s'entassaient dans des quartiers et où il fallait faire gaffe de ne pas marcher sur des sans-abris dans la rue. Je n'avais pas beaucoup d'expérience de la rue et de la vie à l'époque alors je me suis sentie mal à l'aise et j'ai vite décampé pour retourner dans le côté plus touristique de la ville et oublier cette misère que je venais d'expérimenter. Dans un mois j'ai 27 ans et j'ai naturellement bien plus de bagage social et culturel qu'auparavant (le contraire serait... bizarre) la preuve en est, cette fois-ci je suis  immédiatement tombée amoureuse du coin d'Aldgate east, cette partie qui avait pourtant terrifié l'Aleks d'antan.

Je trouve d'ailleurs que c'est un peu comparable au Saint-Gilles de Bruxelles, et j'étais totalement à l'aise avec la faune alentour. J'étais vraiment contente de séjourner enfin dans un quartier de Londres que j'ai trouvé beaucoup plus authentique et réaliste que le strass et les paillettes du centre par exemple, j'ai eu l'impression pour la première fois d'y vivre comme une locale, et ce fût un sentiment vraiment plaisant. Enfin, pour ceux qui rechercheraient une alternative vraiment cheap sans sombrer dans les cauchemars des auberges de jeunesse, je suis passée devant un des Tune Hotel qui a immédiatement attiré mon attention au niveau des efforts de design et des prix qu'ils proposaient. Si vous avez un budget limité, je vous encourage à envisager cette option qui m'a vite séduite et que je retiens pour l'avenir, aucazou:

Tune Hotel, le meilleur rapport qualité prix de Londres?

DAY 1

Le seul point positif d'être arrivé la veille au soir, c'est qu'on va pouvoir assister à notre première activité tôt le matin, une séance d'Hotpod Yoga dont je vous ai déjà parlé précédemment; un workout assez soutenu qui se déroule dans un espèce de cocon-sauna pour travailler d'avantage sur le corps que dans des conditions optimales.

J'étais assez stressée en y allant, j'appréhendais un peu de me retrouver dans un autre pays au milieu d'habitués qui allaient se payer ma tronche puisque j'allais devoir 1) m'exprimer dans un anglais approximatif, 2) essayer de masquer que j'étais une escroc qui n'avait jamais fait une seule séance de sa vie et qui n'avait probablement rien à faire là, 3) porter un vieux short de festival de metal en guise de tenue au milieu des pouliches bien galbées en leggings sportifs.

J'ai tendance à oublier qu'à Londres personne ne vous juge pour quoi que ce soit, même pas des belges avec un humour douteux et une vieille tronche comme la mienne,et que le gens sont tellement sympathiques que vous n'avez en fait jamais rien à craindre. Passé la porte, la prof a en effet dû lire la terreur dans mes yeux puisqu'elle est venue immédiatement nous assister, nous rassurer et nous guider. On n'est pas restés comme des cons dans un coin comme je l'imaginais et les londoniens ont été fidèles à eux-mêmes en étant des personnes serviables et adorables. Elle s'est présentée, nous a expliqué un peu le topo, montré des positions de pause si jamais nous n'arrivions pas à suivre pendant la séance et nous a dit avec toute la gentillesse du monde de nous amuser et de ne pas nous prendre la tête.

Rassérénés et confiants, nous sommes allés nous allonger dans la serre avec le reste du groupe pour nous détendre en attenant le reste des élèves et s'est produit la chose que je craignais depuis le début et que je m'interdisais pourtant en venant: j'y ai pris goût.



Peu importe la force de mes désirs et de ma motivation, je n'arrive pas à trouver un rythme sportif qui me convient. J'échoue très rapidement à mes entraînements quotidiens à la maison, et le sport en salle à une heure de route ( super!) ne me donne pas vraiment ce sentiment de bien-être après l'effort. Et voilà que le Hotpod me donne tout ce que je recherche en une heure de temps: un cours en très petit comité où mon corps a travaillé plus qu'avec n'importe quelle méthode jamais approchée. Je suis sortie de là comme si je venais de subir une pluie tropicale torrentielle: légère, sereine, détendue, relaxée,et surtout incroyablement tonifiée. J'ai vite compris que je serais sans doute complètement différente si j'avais ce genre d'activité physique à ma portée, j'ai fait part de mon désarroi à la prof qui m'a dit que s'il y avait des gens intéressés en Belgique la porte n'était pas fermée à l'exportation. J'ai laissé l'Aleks mince et tonique à Londres en emportant cette maigre parole de consolation avec moi, condamnée à rester flasque pour le restant de mes jours.Merde.

Un petit tour à l'hôtel s'impose pour prendre une douche d'anthologie (même après celle-ci mon corps a continué de brûler et de transpirer jusqu'au soir, je crois que c'est le signe positif des meilleurs entraînements physique, ça travaille encore longtemps par après...?), et effectuer un maquillage rapide pour ne pas effrayer les personnes du cours d'Art Macabre qui nous attend en début d'après midi.

La bonne nouvelle c'est qu'on y est en 20 minutes à pied et que notre balade nous amène à l'un de mes plus grands coups de coeur du voyage qui a souligné l'ampleur de mon ignorance et de ma bêtise, puisque pour la première fois de ma vie j'ai découvert Shoreditch. Je ne sais pas comment en 10 ans je ne suis pas passée par là (sans doute parce que je passais plus de temps dans les Burger King), mais je m'en suis voulu d'une telle force tellement le coin était génial. Shoreditch c'est un peu le Camden Town des hipsters, ou le Berlin underground, un petit coin industriel abandonné et artsy tagué dans tous les sens (avec beaucoup de Roa, fuck yeah!). Chaque coin de rue dévoile une fresque mémorable, un café loufoque, une galerie d'art ou un magasin qui aspirera toute votre âme, j'aurais passé ma vie là-bas, tout prétexte était d'ailleurs bon à prendre pour traînailler dans cet incroyable, incroyable quartier dont je n'ai probablement pas décelé le quart des secrets.

Shoreditch en quelques images

Direction The Book Club qui se trouve en plein quartier pour assister à notre séance particulière de dessin de modèles vivants, une super initiative qui dure depuis bientôt deux ans grâce au London Death Drawing. Une séance particulière puisque ce "cours de dessin" s'axe sur des thèmes bien spécifiques et un peu hors du commun qui me changent beaucoup de ceux que j'ai eu lors de mon parcours scolaire où on nous jetait un vieux grillage ou un landau sur une table et qu'on devait reproduire de la manière la plus fidèle possible avec un matériel de merde.

En effet les sessions du London Death Drawing s'axent autour de l'art macabre et explorent tous les sujets inimaginables sur cette variante. Nous nous sommes rendus à celui qui s'inspirait de la culture aztèque, et notre modèle était une vraie descendante maya qui posait nue affriolée tantôt d'un costume représentant la déesse de la fertilité ou du suicide, tout ça dans une cave illuminée aux bougies et parsemée de crânes et d'énergumènes divers en train de gratter furieusement le papier.J'adore dessiner même si objectivement je suis nulle à chier, c'était l'endroit parfait pour prendre mon pied sans crainte aucune puisque personne ne vient vous corriger ou commenter votre trait et que d'entrée de jeu personne n'a levé la main lorsque notre interlocutrice nous a demandé si certains d'entre nous se considéraient comme des artistes talentueux. J'ai passé une après-midi fabuleuse, et une fois de plus j'ai regretté de ne pas avoir ce genre de rassemblement fascinant dans ma propre ville, ce serait un plaisir que je pourrais assouvir mensuellement au lieu de le faire pourrir en moi.


Une séance au London death drawing, Art Macabre

Retour sur nos pas du côté de Shoreditch pour manger un bout après l'effort. C'est marrant puisque nous sommes tombés au hasard sur tous les endroits un peu cools que j'avais pu entrevoir sur internet avant de partir. Nous avons jeté notre dévolu sur le Beach Blanket Babylon et son cadre tout à fait renversant et exceptionnel, j'avais peur qu'en dessous du gros décor le reste soit exécrable, la surprise fût donc de taille lorsque nous avons goûté la nourriture d'une qualité exceptionnelle, et que nous avons discuté plugs et Crazy Factory avec notre serveur d'une amabilité étourdissante.

Beach Blanket Babylon

Dernière activité d'une première journée déjà haute en couleurs: aller voir un spectacle à Londres, une tradition, une obligation! J'ai vu la ville évoluer au fil du temps, et une métamorphose qui m'a particulièrement interpellée l'année passée est cet espèce de petit village festif qui a été construit de toutes pièces entre le London Eye et le skatepark. C'est en errant dans le coin que j'avais trouvé cet espèce de chapiteau burlesque où semblait se dérouler des spectacles de freaks qui m'avait fascinée. Ce nouveau coin est en fait la terre scénique du London Wonderground qui semble faire honneur aux vieux arts du cirque avec une touche à la fois de cabaret baroque et de grotesque, ce que j'aime beaucoup. Le summum de ce que j'adore semblait se retrouver dans le show "Limbo" que nous avons finalement choisi (c'est mon côté pyromane qui s'exprime). J'ai bien fait d'avoir prix des tickets en ligne au préalable, c'était plein à craquer et la file était interminable, même en arrivant moins d'un quart d'heure à l'avance on avait nos places réservées sans subir de stress ou de bousculades qui me donnent toujours envie de mordre.Là mes canines se portaient bien.

Limbo est définitivement un spectacle fabuleux qui vaut carrément le coup d'oeil. Certains numéros étaient très impressionnants et le fait d'être au premier rang était assez stressant, j'avais les fesses des pin-ups à deux centimètres de mon visage et les flammes qui venaient me chatouiller les joues méchamment, de la bonne palpitation cardiaque pour des artistes de haute voltige qui méritent qu'on vienne les admirer et les applaudir.

Limbo


DAY 2

Cette deuxième journée va débuter avec le plus gros échec de ce voyage. Tout commençait pourtant meerrveilleusement bien, j'ai découvert au pied du lit qu'on avait la radio de Kerrang! sur la télévision et j'ai démarré la journée en hurlant chantonnant "Movies" d'Alien Ant Farm. J'avais aussi mon Starbucks- frapuccino-caramel-blended-coffee-with-cream-on top-yes-that-will-be-all et ma boîte de mini brownies de chez Tesco, j'ai mis moins d'un demie heure pour acheter mon ticket de métro (haha), bref j'étais parée et en forme pour l'activité urbex de la matinée, visiter un réservoir souterrain victorien de toute beauté.


Sauf que ce spot se trouve dans un grand parc de Londres ultra connu où moults passants circulent sans avoir la moindre idée de ce qui se trouve sous leur pied et que pendant les quatre petits jours de notre venue c'était apparemment un emplacement rêvé... pour un festival dantesque de musique. Genre Kanye West, Outkast, Bruno Mars-dantesque avec des chapiteaux plus grands que le Graspop qui s'étalaient à l'horizon avec mon magnifique réservoir en-dessous de tout ce merdier. J'aurais bien voulu m'improviser taupe sur le coup, et on est repartis qu'à moitié dégoûtés parce qu'en un sens c'était drôle cette grosse claque dans la gueule du style attentes VS réalité et que je ne pense pas que ce spot soit près de disparaître un jour.Alors bien sûr qu'on remettra ça!

CHIASSE.

Vide de planning à combler du coup, je propose qu'on aille voir des papillons vivants avant d'en épingler cet après-midi. J'avais déjà été voir la serre aux papillons du musée d'histoire naturelle l'année précédente, mais un peu comme l'aquarium de Londres lors de mes premiers voyages, je suis manifestement prête à remettre ça, encore et encore. Et en-core. C'était aussi l'occasion de se retaper l'architecture des lieux toujours étourdissante et de zoner dans les jardins plein de gamins au cerveau surchauffé avant de nous diriger vers le gros évènement de la journée : un cours de préservation de papillons et l'apprentissage de la manière correcte de les exposer.

J'ai découvert lors de mes recherches préparatoires un site absolument fabuleux qui se nomme A curious invivation qui regroupe bon nombres d'activités totalement alléchantes sur Londres et qui semblent être l'initiative unique de Suzette Field, une nana que j'aime bien et qui ne chôme pas pour créer des occasions de s'épanouir dans le monde de l'alternatif. De bals à thématiques sataniques aux cours de taxidermie accessibles aux débutants, il y a de quoi faire sur l'agenda de son site web. J'étais un peu déçue de ne pas être présente lors de l'atelier sur la taxidermie avec des rats sans doute bien plus fouillée et anatomique, OU MIEUX celui avec des corbeaux, nous avons opté pour la seule date disponible lors de notre périple, la plus gentille et la plus entomologique mais qui m'intéressait tout autant ayant déjà vu certaines personnes s'adonner à cette pratique qui titillait ma curiosité.

Suzette Field

Notre prof pour l'occasion était l'incarnation du cool. Une méga dreadée avec un master en biologie spécialisée dans les insectes nécrophages nous a en effet expliqué les rudiments de la structure du papillon et nous a fait une démonstration live de la procédure à suivre dans une petite cave tamisée. J'ai posé pas mal de questions pour démystifier ce que j'avais lu sur le sujet et ce que l'on m'avait raconté dans mon enfance: oui les papillons ont une durée de vie de deux jours, oui les capturer et les congeler est la meilleure méthode pour les exposer par la suite, non il semblerait qu'ils ne soient pas vraiment sujets à souffrir ne disposant pas de terminaisons nerveuses tels que les humains ou les animaux.

Le temps a filé ensuite à une vitesse phénoménale, je me souviens de ce petit adage concernant les origamis qui disait que "Lorsque les mains sont occupées, l'esprit est en paix". Ce petit exercice de délicatesse et de précision m'a absorbée jusqu'à ce que je lève la tête et que je constate que les deux tiers des gens étaient en train de se lever et que c'était déjà l'heure de partir.

A Londres, je me balade généralement inaperçue, mais on est de nouveau passés pour les zinzins du coin avec nos insectes morts sur notre planche punaisée de toutes parts (moi qui croyais qu'on repartirait avec un trophée sou cadre à glisser dans un sac, que nenni, expose ton oeuvre et paye tes regards bien en coin.)

Les bals organisés par le même collectif

On est à deux pas d'Oxford Street où j'avais la merveilleuse initiative de refaire des stocks de tout ce que je n'ai pas directement en Belgique : en somme des bons dvds et du maquillage de qualitay. C'était une belle idée de merde puisqu'à Oxford Street il y a 20 personnes au mètre carré et que là c'était les premiers jours de soldes et il y en avait bien 20000. Essayer en plus de circuler avec une plaquette en mousse fragile et précieuse était aussi simple que de marcher sur une corde au-dessus du grand canyon. J'ai abandonné l'idée d'acheter quoi que ce soit à mi-chemin, complètement vannée de la journée, et nous avons échoué au mythique Meat Liquor qui se trouvait pas très loin pour calmer nos estomacs affamés. On a agit de manière à ce qu'on finisse forcément par le regretter par après, on a commandé pour quatre dans un cadre de toute beauté.


On se roule jusqu'à l'hôtel complètement chaos en entamant une digestion qui s'effectuera facilement jusqu'à 11h le lendemain matin histoire de se reposer un peu avant d'entamer la soirée. Et la soirée sera chouette puisqu'on retourne du coté de Shoreditch pour assister à une séance en plein air sur un toit avec une vue splendide sur le coin.

Le Rooftop film Club excelle déjà dans le chouette concept ET le cadre de rêve, mais ils signent en plus en beauté en projetant énormément de classiques nostalgiques et beaucoup de films de John Hughes, signe d'intelligence émotionnelle supérieure. C'était l'opportunité rêvée pour regarder une fois de plus Weird Science et un délice d'entendre le rire bien gras des londoniens alentour.


DAY 3

Aujourd'hui  le mot d'ordre de la journée, c'est la tradition, nous passons toute notre matinée à Camden Town à errer dans les shops et à se laisser happer par les échoppes alimentaires qui nous attirent comme du bétail en agitant des bouts de nourriture sous mon nez trop sensible pour résister.

Cette année nous étions particulièrement motivés par des achats dans la boutique Tribu, au vu de notre penchant récent pour les plugs en pierre. Seb a ramené la plus belle paire de plugs que j'ai probablement vue jusqu'à présent (de la labradorite pour ton information) et je suis affreusement jalouse d'autant plus que ce n'est apparemment pas si facile que ça à trouver sur le net. Au vu de mes derniers favoris sur Etsy, la sélection de Tribu m'a beaucoup plue:

Labradorite

Tribu London

Quelques récents favoris Etsy

Une autre projection cette semaine nous attend à l'Electric Cinema que je voulais absolument montrer à Seb. La salle est toujours aussi belle et confortable et nous regardons "Chef"  à notre aise, affalés dans des fauteuils en cuir en sirotant un jus de pamplemousse pressé. Jamais eu autant envie de manger après un film (qui n'était pas transcendant d'ailleurs.)

L'Electric Cinema

On rentre pour notre petit coma classique à l'hôtel de début de soirée, et c'est là que commencent les emmerdes d'ordre "comment on a failli louper Babymetal". J'avais fait part de mon désir d'arriver une bonne heure à l'avance pour ne pas devoir contempler la scène avec un téléscope. Le concert étant à 8h on avait tapé 18h45-19h comme heure d'arrivée. On se la coule douce mais je fais ma parano et demande de checker les infos sur le site officiel de la salle au cas où je sais pas moi, des fanatiques de Pedobear auraient kidnappés les fillettes, ou qu'elles auraient bu l'eau des fontaines de Trafalgar Square les rendant malades pour tout le mois à venir.

Mais la nouvelle est pire, on sait pas comment on a fait notre coup mais il semblerait que le concert débute à 18h alors que nous étions tous les deux persuadés qu'il était prévu deux heures plus tard. Et il est genre 17h40 lorsqu'on percute. Mon super plan de "arrivons une heure plus tôt" se transforme soudainement en "ah ben tiens, finalement on arrivera une heure en retard".Il faut savoir que dans la vie de tous les jours si mon bus arrive à 10h le matin, je serai quand même là à 9h30 quoi qu'il arrive. Imaginez l'ampleur de ma névrose à cet instant-là, l'oeil fou qui palpite, l'écume de stress qui s'accumule au coin des lèvres.

On a tout laissé en plan en un quart de seconde en courant comme des hystériques dans la rue, dans le métro, dans les escalators. Chaque obstacle était un véritable test à la boule de stress que j'étais devenue à l'idée de foirer la raison pour laquelle nous avions bougé initialement. On tombe sur deux gothiques à la sortie de la bouche du métro qui nous indiquent la direction de la salle alors qu'on est déjà 20 mètres plus loin, et c'est le soulagement, une file immense est encore présente, signe qu'on est encore dans les temps pour rentrer  peut-être "décemment" et que rien n'est perdu.

Je pense qu'on va arriver à la fin de celle-ci en deux minutes et bordel de cul, on a fait au moins trois pâtés de maison avant d'en voir le bout, c'est le taux de popularité le plus indécent que j'ai pu expérimenter jusqu'à présent et le public le plus hilarant que j'ai vu de toute ma vie. Devant moi un chevelu avec sa copine en mode cosplay, derrière moi un groupe de japonais sexagénaires, sur le chemin un metalleux avec deux énormes couettes.


Ayant découvert l'existence de la tournée un peu sur le tard, nous sommes proscrits dans la catégorie balcon, ce qui semble être une fistule à l'anus au premier abord mais sans doute une place bien plus agréable au final que le troupeau à perte de vue qui se trouvait en-dessous de nous et qui ne devait pas voir grand chose au-delà des 20 premiers rangs.

Nous patientons et un morceau d'attente rend le public particulièrement expressif si bien que toute la salle pousse soudainement la chansonnette. Je ne connais strictement rien à rien alors je demande à Seb "c'est quooooi?" (je vous rappelle que je suis la plus fake des metalleuses, clin d'oeil à l'un de mes collègues qui me le rappelle fréquemment) et Seb me répond "C'est du Dragonforce et c'est anglais d'où l'effervescence patriotique du public." Deux minutes plus tard, il rajoute "Et tu vois le mec qui est en train de passer à côté de moi? C'est le guitariste." Rotation de la tête pour constater que nous sommes à deux pas des loges du balcon où les fans commencent à s'amasser pour récolter des autographes. Je me sens VIP pendant deux secondes. Very Ignorant Person.

Herman Li, Dragonforce

A gauche de nous un très jeune asiatique qui s'est fait deux petites couettes, à notre droite deux cinquantenaires anglais obèses et édentés. Du pur bonheur donc. Je ne vais pas vous mentir, ces quelques heures valaient tout l'or du monde, c'était l'effervescence et l'hystérie sous sa forme la plus pure, je crois que si j'avais pu trancher littéralement une part de bonheur et de joie de vivre au couteau, cela aurait été probablement dans cette salle. On a tellement speedé qu'on a pas pris le moindre cash pour la fin du concert, pas de merchandising pour nous à mon plus grand désarroi, mais des souvenirs plein la tête.

On rentre morts de faim et on a réconforté notre désir de matérialisme inassouvi en allant chez KFC puisque Seb était encore vierge de cette expérience et de toute panure magique qui lui boucheraient délicieusement les artères. Il a fait le poulet boulet et commandé un seau (ce que je lui avais conseillé), mais en prenant l'option "familiale". On est repartis avec au moins une vingtaine de cuisses, 4 grandes frites et 50 sachets de sauce barbecue. On s'est délesté des patates au sans-abri que nous avons croisé, et la cafétéria de l'hôtel a ressemblé pendant une bonne heure à une scène de crime ce soir-là. Le gérant a dû commander une grue pour nous déposer dans nos chambres vers une heure du matin.

DAY 4

Premier objectif du dernier jour au paradis, aller s'acheter des cronuts pour mettre fin au suspens de cette curiosité alimentaire, et ne surtout pas oublier d'en ramener à Julien pour qu'il me vénère pour le restant de ses jours. Miracle, dans le top 5 des meilleures boulangeries qui en proposent, l'une se trouve à cinq minutes à pied de l'hôtel. Ce coin est décidément fabuleux et tant que le Qbic existera j'irai loger là-bas, cet article a ma parole.

Un cronut pour les non initiés, keskeucé? C'est la progéniture comme son nom l'indique d'un croissant qui aurait forniqué avec un donut, les new-yorkais sont devenus fous lorsque cette nouvelle pâtisserie a fait son apparition, et mon estomac n'a pas loupé l'information de leur immigration jusqu'en Angleterre. La rumeur de son soit-disant délice est-elle fondée? A mes yeux, 1000 fois oui, mes papilles certifient que pour une fois, the hype avait raison.

Cronut

Aujourd'hui est fortement axé culture puisqu'on a un musée et une galerie à visiter au programme. Le premier est le monumental Barbican qui était une première pour mois, le gigantesque du complexe m'a donc un petit étonnée et étourdie puisqu'il faisait probablement un code postal à lui tout seul. J'ai eu la présence d'esprit de consulter leur agenda en repensant à un article photographique ahurissant sur lequel j'étais tombé  il y a quelques années et dont les clichés avaient été pris dans l'ultra célèbre rain room qu'ils exposaient et qui a fait un buzz monstre à l'époque. Le principe était assez simple: une pièce dans laquelle il pleut mais dont vous ressortez complètement secs puisque des capteurs se déclenchent et l'arrêtent sur votre passage, créant ainsi une véritable plaine de jeux pour photographes:

Rain Room

Comme je l'espérais, le Barbican semble être friand d'installations technologiques brillantes et fait en sorte d'avoir fréquemment quelque chose de ludique et d'interactif à son affiche.Je n'ai pas beaucoup hésité en voyant leur nouvelle installation "Digital Revolution" qui regroupait une foule d'activités épatantes et sympa en plus de retracer une grande partie de l'évolution de l'ère digitale jusqu'à aujourd'hui. Il y avait des gamins qui jouaient partout à Pong, Pacman ou Tomb Raider tandis que nous nous agitions devant des dispositifs divers pour déclencher des effets différents...

Digital Revolution, Barbican

Direction ensuite vers un magasin de moto bien spécifique pour acheter une veste de toute beauté à Seb, puisqu'il a fraîchement passé son permis (merci Fantine!) et qu'on compte essayer de récolter tout ce qu'il faut rapidement pour profiter du reste de l'été en roulant en toute sécurité. Trouver une veste pas trop moche pour lui a été rapidement réglé, de mon côté ça n'a pas été une mince affaire. 90% des choix qui se présentaient à moi étaient abominables et informes, j'avais du mal à me faire à l'idée que j'allais claquer au moins 200 boules dans une horreur que je détesterais mettre tous les jours et qui me donnerait une allure aussi boursouflée qu'une Blue Waffle ( va taper Blue Waffle dans google image, une boîte à insulte sera disposée en bas de l'article et qui s'appellera "laisser un commentaire" pour tes réactions quelles qu'elles soient.)

La recherche fût longue et je dois dire que je m'étais un peu fait à l'idée de ressembler à du papier à bulle sur roue, mais enfin, dieu merci, j'ai trouvé trois options, pas une, pas deux, trois! qui me ravissent ENFIN et qui me laissent du choix et de la possibilité sans être trop la ruine. Dans le meilleur des mondes je passerais bien mon permis moto avant mon permis voiture, pour un peu que je passe un permis tout court. Mais ça c'est mettre la charrue avant les boeufs, tirer des plans sur la comète et vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (j'ai plus d'expressions en stock), même si je vous avoue que cette éventuelle m'enchante et me motive énormément puisque j'aime voir dans le regard fou de ma mère cette envie violente de m'étriper.

 Alpinestars Renée
Alpinestars Vika

Je n'ai pas de visuel promotionnel correct pour la troisième alors qu'elle aille se faire foutre.

Dernier objectif de notre voyage mais pas des moindres, faire un tour à la Serpentine GalleryMarina Abramovic y reste sans rien faire pendant 512 heures. Si vous ne connaissez pas Abramovic, c'est une artiste serbe qui est probablement la plus grande reine de l'art conceptuel, archi-connue pour ses performances qui remettent en question la notion de l'art, la condition de la femme ainsi que la place de l'artiste et du public dans la société actuelle.


Elle a ému le monde entier avec sa performance au MoMa en 2010. En restant assise à longueur de journée, elle a fixé le visage de milliers de personnes qui sont venues s'asseoir en face d'elle et a réagi de manière très forte lorsque sans être au courant, son ex-compagnon (artiste lui aussi) est venu s'asseoir à sa table alors qu'ils ne s'étaient pas vu depuis des années. Lorsqu'ils ont en effet décidé de mettre fin à leur relation, ils ont fait le voeu de ne plus jamais se revoir et ont célébré une dernière embrassade en se retrouvant au milieu de la muraille de Chine dont chacun était parti d'une extrémité.

Cette brève minute de retrouvaille est d'une intensité rare, j'ai dû voir cette vidéo 10 fois sans jamais réussir à ne pas pleurer:


Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, Marina Abramovic est à mes yeux une artiste qui mérite tout mon respect pour sa force morale inégalable et qui suscite des débats très enrichissants sur ce qui peut être catégorisé comme oeuvre d'art ou non.Dans tous les cas, rester 512 heures à fixer le vide est une prouesse phénoménale dans laquelle j'ai du mal à me projeter.

Nous arrivons donc à la Serpentine Gallery dans un cadre superbe puisqu'au milieu de Hyde Park, et nous sommes d'abord conviés à passer dans un sas extrêmement silencieux où nous devons abandonner téléphone, montre et appareil photo. Après cette drôle de zone de quarantaine nous débouchons sur trois pièces avec une petite foule de gens en pleine méditation. J'arrive à peine en me demandant ce que je dois faire qu'un type (manifestement de l'équipe) m'attrape la main avec douceur et m'encourage à m'asseoir avec les autres, casque de chantier sur les oreilles, invitée à leur drôle de séance de réflexion (des gens sont debout au milieu et les autres les regardent, c'est louche)

Je me tourne vers Seb avec un regard dubitatif  qui crie "WHAT THE FUCK IS THIS SHIT?". Je pensais qu'il y aurait une table, une chaise, une file, Marina, et moi qui n'aurait peut-être pas les couilles d'aller m'asseoir devant elle, et qu'en gros ce serait la même chose qu'au MoMA.

Le trailer de l'expo en question.
Une bonne vue d'ensemble de son parcours en général.

Ce n'était pas du tout ça, mais alors là pas du tout. Après être restée assise pendant une période que j'estimais correcte pour ne vexer personne, je vois que dans la pièce d'à côté tout le monde marche main dans la main à du deux à l'heure façon slow motion, et que dans l'autre des gens emmitouflés dans des couettes fixent des carrés de couleur sur les murs. Un asile de fous. Je tourne la tête dans tous les sens en essayant de piger comment j'ai atterri chez les cinglés, et pouf Marina est à quelques mètres de moi, soudainement matérialisée. Ça m'a un peu émue de reconnaître ce visage familier au milieu de tous ces allumés, elle était là, silencieuse comme tout le monde en train d'observer, égale et discrète, fondue dans la masse.

On est ressortis et l'atmosphère de ce petit cocon étrange s'est vite dissipé, et même si je menaças d'éclater de rire à tout instant, j'ai probablement ressenti ce qu'il y avait à ressentir, c'était bizarre l'espace d'une demie-heure de se retrouver dans le silence complet et la lenteur, tellement bizarre dans ce monde si bruyant que j'ai vite voulu m'enfuir, me sentant étrangement mal à l'aise dans une atmosphère où je ne me retrouve qu'avec moi-même.

Je conclus par une de mes quotes préférées de Marina Abramovic :

"If you’re a woman, it’s almost impossible to establish a relationship. You’re too much for everybody. It’s too much. The woman always has to play this role of being fragile and dependent. And if you’re not, they’re fascinated by you, but only for a little while. And then they want to change you and crush you. And then they leave. So, lots of lonely hotel rooms, my dear."

Mon séjour à Londres touche doucement à sa fin, nous repassons du côté de Shoreditch pour manger un bout avant de récupérer les affaires à l'hôtel, l'occasion pour moi de passer par Rough Trade qui est probablement l'un des meilleurs disquaires que j'ai pu visiter,et de ramener avec moi un vinyl d'un groupe londonien obscur, et oh mon dieu qu'il est occulte, oh mon dieu qu'il est canon (le vinyl, pas le groupe.)

Lapsus Linguae, Ghosts

C'est un peu une tradition pour moi de ramener un album de Londres à la maison quand je le peux. Je venais à l'époque chaque année au feu Virgin Megastore qui était un véritable temple à mes yeux, je flânais dans les rangées en prenant une dizaine de cds qui avaient l'air intéressants, et je me postais à l'écoute en cherchant la perle rare que j'allais ramener chez moi. Cela peut paraître anecdotique comme histoire mais chaque année, chaque cd, a marqué une période importante de ma vie au niveau de mon parcours personnel. Je m'en souviens comme si c'était hier, le premier disque que j'ai acheté était celui de Lennon Murphy. J'étais alors grunge qui tirait sur le goth et quand je revois ce clip et cette pochette, j'en souris, c'était tout moi à 16 ans, le vernis écaillé, les pantalons évasés, le piercing à l'arcade...



La fois suivante, j'ai découvert My Ruin et Tarrie B qui a été une de mes plus grandes icônes féminines d'alors. Mes préférences ont évolué vers des voix moins mignonnes et vers des tons plus crasseux, je me suis épilé complètement les sourcils pendant une bonne année pour les redessiner grossièrement, j'étais maquillée de manière très vulgaire et ressemblais à un véritable clown de cirque. J'étais un déchet total et fière de l'être, "A prayer under pressure" a été une révélation pour moi, un hymne aux filles qui ne s'aiment pas et qui décident de grossir encore plus le trait, s'appropriant leur mal-être qu'elles vomissent à la tronche de tout le monde au point d'en créer un bouclier et une arme.



Mon dernier achat significatif qui me revient en tête est le premier album d'In this moment,qui est d'ailleurs toujours assez en cohésion avec la personne que je suis aujourd'hui. Maria Brink m'a complètement envoûtée avec son look de bonasse californienne avec ses énormes plugs et sa manchette impressionnante, et reste à l'heure actuelle une des voix dans le milieu du metal que je respecte le plus. Un chant si encrassé dans un corps si parfait, la fascination/répulsion a toujours bien fonctionné sur moi. Elle conclut ainsi le trio de mes trois découvertes musicales made in Virgin, London qui ont provoqué des tournants décisifs dans ma vie et dans mon style et qui ont chacun bâti brique par brique, la personne que je suis aujourd'hui.



Mon vinyl en main, ma salade de quinoa du restaurant juste en face en bouche, je me permets quelques instants pour fantasmer alors que notre voyage touche à sa fin. J'ai mal au coeur de laisser en plan toute ces choses qui deviennent une routine, une habitude que je préfère à mon train train en Belgique. Je ne vais plus pouvoir aller chercher mon café glacé de petit matin en bas de ma rue, je ne vais plus pouvoir marcher pendant des heures et escalader énergiquement les escaliers des interminables souterrains qui font un bien fou à mon organisme, je ne vais plus pouvoir passer une journée sans me faire dévisager dans le métro, aller à mon cours d'Hotpod Yoga du dimanche ou acheter en main propre un fond de teint qui me correspond sans le faire venir d' Outsiplou les bains de pieds.

Alors je me projette pendant quelques minutes seulement, à ce qu'il se passerait si j'avais les couilles d'essayer de me lancer, de m'extraire de mon comportement grégaire, si j'essayais vraiment de me donner une chance de réaliser mes rêves avec beaucoup de détermination et le cran de tout plaquer. J'ai bien lu et entendu quelques success story par-ci par-là de belges et de français qui avaient tout laissé en plan pour le plaisir de vivre où ils le désiraient. Et même si certains sont enchantés, je me suis fait une raison, beaucoup d'autres sont désillusionnés, négatifs et n'hésitent pas à raisonner mon petit coeur de fille naïve en me rappelant qu'il y a une grosse différence entre le tourisme et l'immigration et qu'en dehors du boulot pour payer leur loyer extravagant ils n'ont plus aucun temps pour eux, pour rêvasser et arpenter les rues ou découvrir les recoins cachés de la capitale, et qu'il faut en plus un bon parcours et un bon mental pour pouvoir affronter une compétition professionnelle féroce.

J'ai malheureusement bien conscience de tout cela. Mais ça ne m'empêche pas pour autant pendant quelques instants de considérer une vie parallèle. Et en glissant sur les pavés mouillés de Brick Lane pour prendre mon Eurostar de me dire quand même "et si". Et si.