mardi 26 août 2014

SUMMER DIARIES #5: DOPPELGANGERS & VARDOGRS'MONTH


J'ai découvert le terme "doppelgänger" il y a quelques années en regardant "The Broken" de Sean Ellis, un film très mal reçu et vivement critiqué...que j'ai adoré. Le film raconte l'histoire d'une femme qui commence à voir son double après qu'un miroir se soit fissuré sans raison apparente lors d'un repas de famille. Elle entreprend alors d'enquêter sur cette drôle de situation où elle découvre lors d'une conférence un cas de figure similaire à son expérience, puisqu'en effet dans le folklore allemand croiser son double a sa propre terminologie et est le présage d'un très grand malheur.

L'histoire m'a happée, la projection m'a hantée, et sans le savoir alors à l'époque je venais d'expérimenter pour la première fois ce qui allait devenir avec le temps l'une de mes thématiques culturelles et artistiques préférées. J'ai commencé à me documenter pas mal sur le sujet, en lisant quelques ouvrages sur la bilocation, et en démarrant aussi cette drôle de collection qui m'a poussé pendant un temps à ramener tous les miroirs brisés que je retrouvais abandonnés sur mon chemin.(J'en suis à quelque chose comme 49 années de malheur entassés chez moi, à part ça tout va bien.)

Cette obsession pour les sosies malveillants s'est d'ailleurs muée en un cauchemar bien authentique l'année passée avec des événements dont vous vous souvenez tous très bien. Mon histoire de barjot a probablement atteint son paroxysme lorsqu'un de mes amis m'a raconté qu'une connaissance commune que je n'avais plus vu depuis longtemps et donc plus très au jus de mon actualité et de mon apparence lui avait dit qu'il "nous" avait vu l'autre jour au loin, main dans la main. Lorsqu'on l'a mis à jour sur les événements récents qui me concernaient, il a apparemment eu du mal à percuter que ses yeux l'avaient trahi, puisqu'en effet ce n'était plus moi qui tenait la main de qui que ce soit à ce moment-là, remplacée depuis peu par une histoire sordide de double maléfique.


Après cette fameuse affaire de l'été passé, certains souvenirs qui se terraient dans un coin de ma tête me sont revenus en mémoire pour me rappeler que ce n'était pas la première fois que je côtoyais des personnes qui mettaient en péril mon identité en se l'appropriant au détriment d'en avoir une qui leur est propre, et que j'avais un certain historique en la matière. Certaines, anodines, remontent à l'époque de la cour de récré, d'autres plus tardives et plus flagrantes se sont beaucoup manifestées lorsque j'ai eu ma période gothique et que j'étais l'énergumène du lycée. 

Une copine m'a dit un jour, constatant par elle-même des ressemblances troublantes et soudaines chez certains de nos compères qui m'étaient liées, que je devais me sentir flattée puisqu'apparemment j'avais une sorte de "super pouvoir" qui faisait que j'exacerbais malgré moi le côté excentrique de ceux avec qui j'entrais en contact. Un gentil compliment que j'ai su apprécier même si de mon côté je ne ressentais pourtant que de l'incompréhension, et voyant les choses de manière plus immature et totalement orgueilleuse.


The Double
Portrait of Edward James, Magritte

Cette semaine je suis allée voir "The Double" au cinéma, un immense coup de coeur qui m'a totalement subjuguée et que je recommanderais chaleureusement, et qui m'a permis également de voir les choses sous un autre angle et prendre une nouvelle forme de recul sur ce rapport aux autres bien précis qui m'angoisse.

Le rôle principal est tenu par Jesse Eisenberg qui se trouve soudainement confronté sur son lieu de travail à un nouveau venu qui s'avère être sa copie conforme. En plus d'être un pied de nez à sa propre identité, il vit particulièrement mal le fait que cet ersatz récolte tous des honneurs immérités d'un labeur qui lui est propre, sans que personne ne semble relever la supercherie. Outré par cette injustice, il essaie d'obtenir gain de cause en soulignant à son entourage la ressemblance frappante qu'il y a entre lui et ce mauvais clone qu'il semble le seul à percevoir. Ce à quoi on lui répond "So what, you're pretty commun you know, you're not that unique", suggérant ainsi l'idée qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans le fait de croiser des doublons surtout quand on est soi-même quelqu'un d'assez ordinaire dans le fond même si on essaie intensément de se persuader du contraire.

La fierté de merde qui m'a toujours caractérisée s'est vue totalement écrabouillée sur base de cette réplique, et je commence à peine à digérer cette idée et à m'adapter à ce point de vue certes un peu triste, mais totalement véridique. Une bonne claque dans la tronche qui m'a fait le plus grand bien et que j'aurais voulu m'adresser il y a quelques années.

Tant qu'on parle cinéma, Julien et son savoir universel et absolu m'a dit l'autre jour "Ma petite Alexandra, toi qui es une hipster absolue et qui a adoré Under The Skin, la plupart des critiques qui trouvent que c'est aussi un des meilleurs  films de l'année évoquent souvent Enemy dans leur palmarès, donc tu devrais garder un oeil là-dessus.

Avec un titre pareil je m'imaginais Will Smith poursuivi sur une autoroute par le FBI en train de décharger trois chargeurs sur une mafia quelconque. J'ai donc été très surprise en découvrant la bande-annonce, puisqu'il semblerait qu'en l'espace d'un mois ce soit le deuxième film à l'affiche qui parle de doppelgängers, me voilà bien servie. Je n'ai néanmoins pas voulu vérifier cette première impression étant donné que le film sort demain en salle, et que je préfère y aller vierge de tout spoiler espérant être agréablement surprise. Si tu as donc des goûts de chiasse comme moi et qu'en plus tu aimes avoir deux Jake Gyllenhaal pour le prix d'un, à bon entendeur.




Enfin, je suis allée voir la semaine passée l'exposition de Stephan Balleux qui se tient pour le moment au musée d'Ixelles et qui est ma plus grande claque picturale depuis un bon moment. Ce belge, dont la thématique est "la peinture et son double" aborde une fois de plus ce sujet qui m'est cher en remettant en perspective la notion du dédoublement, ainsi que le réel et la représentation du réel, une véritable aubaine pour mes pupilles, une merveilleuse coïncidence pour clôturer ce trio mensuel étrange.

Il semble aussi prendre un certain plaisir à peindre des faux témoignages du passé en incluant des présences inconnues aux allures ectoplasmiques dans des scènes d'époque, et à générer un certain malaise en suggérant une présence occulte subtile dans la plupart de ses tableaux, c'est du moins comme ça que je le lis et que je l'apprécie.

Et voilà pour un bel article de merde sous une couche de culture aux liens branlants pour m'excuser envers moi-même d'avoir été une connasse il y a quelques années. Si vous avez des recommandations quelconques sur la bilocation et les doubles subjectifs quels qu'ils soient, je suis toute ouïe.




mardi 19 août 2014

SUMMER DIARIES #4: TOMBOLA TATTOO

Il y a quelques semaines, un de mes collègues m'a demandé si j'étais intéressée par le vernissage de l'exposition "Moolinex" à La Boucherie Moderne qui se déroulait le soir-même. J'étais un peu décalquée ce jour-là, alors j'ai préféré décliner mais j'étais néanmoins assez surprise de découvrir par son biais qu'il y avait des évènements qui se programmaient au dit salon de tatouage autre que de l'art corporel, et j'ai commencé à être plus attentive et à me renseigner.

C'est alors que s'est profilé à l'horizon un concept bien étrange dans leur fil d'actualité: une soirée "Tombola Tattoo". Pour un ticket de la modique somme de cinq euros, vous pouvez en effet gagner un des flashs proposés (petit sketch moins fouillé et moins complexe que l'habitude visant à être tatoué) qui vous coûterait 40 fois le prix en temps normal. Une véritable affaire donc, mais un peu une hérésie pour moi qui aime les projets personnels et qui passerait donc volontairement son tour sur ce genre de manifestation artistique. Sauf peut-être lorsque l'artiste en question s'appelle par exemple Léa Nahon.

J'ai découvert Léa via Cécile qui avait fait pas mal de route il y a quelques années pour la rencontrer et se faire tatouer et qui m'avait gentiment proposé de l'accompagner. Cette journée m'a laissé un très fort souvenir, d'une part parce que j'adore Cécile, mais aussi parce que ma vision du tatouage cette après-midi-là a été complètement révolutionnée. J'ai en effet découvert une artiste à part entière, très charismatique et à l'approche formidable pour laquelle un paquet de gens n'hésitent pas à faire des kilomètres pour avoir la chance de se faire encrer par ses mains, un objectif et un concept encore neufs à mes yeux à cette époque-là.

Lorsque j'ai eu mon premier mois de salaire et que soudainement un monde de possibilités s'offrait à moi, ce désir subitement envisageable d'avoir quelque chose de sa patte a ressurgi dans ma tête et c'est l'une des premières choses pour laquelle j'ai d'ailleurs démarché (certains préfèrent s'acheter un home cinéma ou un frigo, chacun son truc). Mais après quelques mails échangés avec Léa, c'était néanmoins la grosse déception, l'éventuelle session ne tombait en effet ni les week-ends, ni un jour férié, et je n'avais à ce moment-là aucune idée de la période pendant laquelle je pourrais bloquer des congés. Le projet est alors un peu tombé aux oubliettes et mon désir de dépenses a trouvé entre temps d'autres cibles sur lesquelles se défouler.

Flashs de la tombola


Cette tombola tattoo, qui était alors censée être une simple petite soirée du côté des Ursulines et de Bruxelles-Chapelle, à manger mon hot-dog avec mon-billet-peut-être-gagnant en poche au milieu des punks qui se faisaient couper les cheveux et des autres qui apprenaient à faire de la pâte à pizza, s'est transformée finalement en un énorme moment de frustration. Lors les trois tirages de la loterie je me suis étonnée moi-même de constater à quel point j'avais désespérément, dé-ses-pé-ré-ment envie d'entendre mon numéro appelé. Et ce moment n'est jamais arrivé.

Je suis rentrée donc très déçue mais avec une grosse révélation à la clé: j'avais vraiment très envie d'un tatouage de Léa Nahon, et ce serait carrément stupide de ne pas rayer ce point de ma liste de choses à accomplir alors que j'ai la chance de l'avoir à ma portée. En effet ne pas profiter du fait que je passe à proximité de son salon au moins une fois par semaine alors que certains prennent des tickets d'avion pour bénéficier de son talent serait certainement un jour un énorme regret auquel je n'avais pas envie de goûter.

Le lendemain matin la croisade était lancée, et les quelques semaines qui suivirent m'ont transformée en sentinelle au taquet et tout s'est rapidement enchaîné. Une nouvelle volée de dessins a été postée peu de temps après sous mon regard attentif, avec un croquis en particulier qui s'est avéré être un immense coup de coeur. Naïve comme une toile du nierdoi sseaurou, je fonce tête baissée et j'envoie un mail pour savoir s'il est encore disponible et si je peux prendre rendez-vous asap. On me dit que 1) les dessins ne se réservent pas, que c'est une décision sans appel et qu'il faut choisir parmi ceux en ligne au moment de mon passage puisqu'il en vient fréquemment de nouveaux 2) si je veux prendre rendez-vous pour l'avenir, ce ne sera pas possible avant quelque chose comme... 8 mois. 

Prendre le taureau par les cornes s'annonce soudainement moins évident que je ne l'aurais cru, le beau projet allait me filer entre les doigts et ça sentait de nouveau l'échec à plein nez.  Je décide alors d'avoir recours à mon plus grand talent pour essayer de clôturer ce désir qui me ronge : le mode kamikaze, capacité développée au fil des années par mon profil d'enfant gâtée impulsive qui veut toujours tout dans l'immédiat et qui déteste patienter. J'ai donc rafraîchi le feed facebook comme une possédée en priant pour qu'il y ait une opportunité quelle qu'elle soit qui pourrait me venir en aide et c'est en forçant carrément le destin qu'au milieu de nulle part l'annonce d'un désistement à combler s'est soudainement affichée.

J'ai envoyé le mail le plus rapide de toute mon existence, et la semaine d'après ma séance était réservée avec le dessin gentiment mis de côté vu mon insistance maladive...Ouf!

Recyclart Holidays, mon grand amour bruxellois inattendu de cet été. 
Les photos ne sont pas de moi mais de l'Agenda Magazine.

Je crois que je macère cette envie depuis bien trop longtemps et que j'ai un peu disjoncté sur l'instant puisque j'ai opté sur un coup de tête pour faire la pièce sur mon dos, en entier. C'est de loin le tatouage le plus éprouvant que j'ai fait jusqu'ici dû à son étendue probablement, même si j'ai été gratifiée d'un statut de "starship trooper du dermographe", puisqu'il semblerait que je sois un robot de l'antidouleur qui ne laisse pas transparaître la moindre émotion. J'ai quand même eu envie de vomir pendant deux jours et été incapable de m'habiller toute seule pendant un bout de temps, et je chie un peu dans mon froc puisque la séance des gros aplats noirs n'est pas encore passée et que "seulement" un tiers du boulot est accompli, puisqu'uniquement les traits ont été pour l'instant finalisés.

Je dois admettre que j'ai eu un fameux moment de doute au moment de passer à l'action, pendant deux secondes j'ai quand même eu cette vague d'auto-conscience qui m'a rappelée tout d'un coup que je venais de décider en moins d'une semaine de faire la plus grosse pièce de mon corps sous peine d'un manque soudain, d'un vide à combler, d'un coup de coeur inexplicable. Voir la tatoueuse avec un sourire jusqu'aux oreilles avant d'attaquer et entendre des "ça va être carrément mortel" ont beaucoup aidé, puisque c'était d'autant plus difficile de se faire une idée du résultat final sans les pleins avec des petites croix partout sur le dos des endroits qui visent à être remplis. Je suis un livre de coloriage pour enfants.

J'espère pouvoir surmonter mon intimidation et ma-peur-d'abuser la prochaine fois en prenant quelques photos qui valaient carrément la peine. D'ici là je peux de nouveau dormir sereine sans avoir peur de ne pas fermer l'oeil de la nuit confrontée à ma plus grande phobie: l'angoisse du remord. Et ne pas me réveiller avec le sentiment de ne pas avoir vécu.


 Tou bi continioude.

dimanche 10 août 2014

SUMMER DIARIES #3: THE LITTLE OCCULT URBEX PROJECT


Jamais ne me viendrait l'idée de partir sans mon appareil photo lorsque débute une journée d'expédition urbex. Je me suis pourtant rendue à l'évidence, dans ce contexte et ces conditions, je ne casse vraiment pas des briques. Je n'arrive pas à capter l'atmosphère des lieux, je ne m'aime pas beaucoup ces derniers temps ce qui exclut pas mal de possibilités de mises en scène, mon oeil ne se renouvelle pas et mes compositions sont pauvres. Je constate quotidiennement le rendu d'un millier de personnes sur la toile qui font encore pire mais qui persistent comme moi à pourrir la bande passante mondiale de mauvais clichés. Je me dis souvent que tout ça sert à que dalle, et que si je n'ai rien à apporter de nouveau dans le domaine de la photo à part des images fades qui documentent mal mes périples, autant ne rien faire du tout. Je suis pour l'instant dans cette phase d'objectivité et d'auto-abandon, et laisser la tâche aux professionnels de transmettre la magie que je n'arrive pas à apprivoiser et m'essayer à d'autres approches, d'autres domaines qui seront qui sait, peut-être moins frustrants et plus fructueux, me semble pour l'instant plus raisonnable, même si je ne continue d'essayer et que je ne laisserai certainement pas mes souvenirs visuels s'estomper pour autant.

En photo, j'ai d'abord attaqué un autre angle, une composition sous forme de diptyque, en mettant en parallèle les textures et les matières avec les lieux auxquels elles correspondaient. Cela s'est très bien prêté lors de notre visite à la villa Wallfahrt où de superbes papiers peints d'époques ornaient plein de pièces différentes de la maison. Dans des contextes plus industriels c'est vite devenu répétitif et peu intéressant, cette piste était donc officiellement morte, même si j'aimais beaucoup cette approche qui m'obligeait à travailler de manière verticale, donc complètement différemment (une hérésie pour moi qui privilégie l'horizontal en toute circonstance, les clichés vont logiquement finir sur un écran pas dans un magazine),et qui m'obligeait à composer sous d'autres points de vue et à m'investir d'avantage en post production, ce que je déteste faire habituellement (je rêve de la photo parfaite sans retouche quelconque, pas du tout utopique et fainéant comme espoir).

VILLA WALLFAHRT VILLA WALLFAHRT VILLA WALLFAHRT VILLA WALLFAHRT VILLA WALLFAHRT
Ce qu'il fallait illustrer.

Puisque je ne trouvais pas de bon compromis en photo, je me suis dit qu'il faudrait peut-être que j'exploite d'autres "compétences", et que je me lance, pourquoi pas, dans une approche plus graphique. Je pourrais par exemple designer des petites broches qui feraient office de médailles d'urbexeurs que je laisserais en quantités sur place, mais n'étant pas moi-même une championne de l'aventure et légèrement touriste en la matière, je me suis dit que ce serait sans doute inapproprié, risible, et un chouiïa vaniteux.

Plus tard, je suis tombée sur la photo de ce panneau génial qui se trouve dans les environs de Bergen en Norvège, et je me suis dit que trouver des phrases percutantes à placer à des endroits stratégiques pourrait être une idée plaisante, puisqu'il m'arrive fréquemment de lire des tags intrigants. La plupart sont soit dégradants ou très laids, mais l'un ou l'autre me fait parfois un certain effet et me pousse à me poser quelques instants pour y réfléchir.

Panneau à Bergen, Norvège

J'ai pensé que je pourrais peut-être parvenir à faire quelque chose dans cette optique grâce au copain Sydney qui travaille dans l'impression de stickers et de vinyles muraux, et qu'avec son talent et son aide on pourrait  sans doute créer des très grandes banderoles de texte qui seraient détachables aisément, histoire de ne pas sombrer dans un quelconque processus de destruction. J'ai essayé de m'improviser rédactrice plusieurs après-midi, et mes minables tentatives de slogan ou de poèmes n'ont bien sûr abouti à rien de très concluant. Impossible de faire concurrence au "Don't insult the witch", qui frôle la perfection de la suggestion et de l'efficacité. Alors quand on ne peut pas mieux faire, vous savez ce qu'on fait? On pleure dans un coin en se fouettant avec des orties et puis plus on ne fait plus rien.

C'était jusqu'à ce que je voie la série True Detective et qu'au-delà de toutes les qualités qu'on puisse lui trouver, j'ai de mon côté été particulièrement happée par l'aspect land art exploité dans les nombreux lieux abandonnés que cette série peut proposer. En effet la majeure partie de l'aspect mystérieux et occulte de l'intrigue repose sur des symboles cabalistiques et quelques sculptures en bois. Un classique qui avait déjà eu beaucoup de succès dans Blair Witch par exemple et qui apparemment ne se démode pas, les gens sont apparemment profondément mal à l'aise devant une composition créée avec des branches. Allez comprendre. Nature is Satan's church.

C'est l'illumination, la révélation que j'attendais, l'idée qui allait venir au secours de mon besoin de créativité inassouvi, j'allais disperser mon oeuvre et pouvoir moi aussi pisser tel un chien heureux de pouvoir confirmer son passage de manière ludique avec trois fois rien...

Pour le moment mes figures en bois sont assez basiques, fort bancales et peu abouties, mais j'ai déjà fait un pas énorme au niveau de la technique puisque je suis passée de trois heures à une demie-heure pour la confection d'un trio. J'espère pourvoir trouver du temps pour m'y mettre plus sérieusement et passionnément afin de pouvoir me lancer dans des formes géométriques plus complexes et inspirées. J'espère aussi acquérir des lots d'ossements prochainement pour pimenter un peu les structures.

Qu'on les écrabouille, les vole ou les arrache m'importe peu, j'apprécie juste pour l'instant le plaisir que j'éprouve à les fabriquer et la curiosité peut-être qu'elles pourront susciter. Je voulais juste apposer une carte de visite subtile mais cohérente sur les lieux que j'avais eu la chance de traverser et être une elfe qui témoigne à sa drôle de façon son amour des lieux abandonnés.Six d'entre elles sont dispersées aux quatre coins du néant pour l'instant, je regrette de ne pas avoir commencé depuis le début.

True Detetctive, totems en bois

Ceux qui ont vu la série savent que l'apogée de celle-ci se clôture dans un complexe abandonné assez impressionnant qui n'a rien d'un décor en papier mâché, mais qui est un lieu bien authentique répondant à l'appellation Fort Macomb, en Louisiane

Lors de nos dernières aventures d'explorateurs urbains, l'un de mes plus gros coup de coeur récemment fût le fort de la chartreuse de Liège qui a selon moi tout de Carcosa, mais en Belgique. Je n'avais pourtant pas beaucoup d'attentes de cet endroit puisque les forts et les charbonnages sont sans doute les spots qui me parlent le moins au premier abord, mais celui-ci m'a coupé les deux jambes.

Son immensité est d'abord très intimidante J'ai vraiment eu la sensation pendant quelques heures d'être dans un monde post-apocalyptique et d'être dans les derniers humains sur terre à parcourir la planète. Ce silence et ces dédales qui n'en finissaient pas, seuls dans cette immense plaine de jeux avec une très fine pluie qui ajoutait son petit brin de poésie et de mélancolie au drôle de climat dans lequel nous baignions, la magie s'est installée et mon coeur a fondu. La végétation était très présente, et frôler les hautes herbes mouillées avec ce bâtiment couleur rouille qui m'englobait en écoutant les bruits de la forêt sous un ciel gris chaud et pluvieux, c'était la transe, j'étais mon héroïne dans mon propre film dystopique.

Le fort de la chartreuse m'a vraiment séduite et hallucinée, si vous passez dans la principauté de Liège, c'est une balade urbex (très accessible) que je vous recommande sincèrement. 

 Fort Macomb, Louisiane
Fort de la chartreuse, Belgique

J'ai donc bien sûr beaucoup pensé à l'esthétisme de True Detective en parcourant ce labyrinthe qui faisait de l'ombre à son complexe en Louisiane, mais également au film Insensibles que j'avais vu il n'y a pas si longtemps. 

Avec toutes ces pièces parcourues qui ont servi à la fois d'hôpital et de prison, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement, et de repenser aux cicatrices de Berkano, dont j'ai cherché le fantôme de tunnel en tunnel. Mais dans l'air, étrangement, il ne restait qu'un étrange goût de cendre.