mardi 25 août 2015

SUMMER DIARIES #5: COPENHAGEN, TAKE TWO.

Je pensais que revenir à Copenhague en été rendrait sans doute la ville plus charmante. Pas du tout. Le temps abominable lors de notre week-end sur place n'a pas aidé, c'est la première fois de ma vie que j'ai dû acheter en vacances un parapluie et un horrible poncho en plastique dans un magasin d'appoint pour éviter de chialer du début à la fin et ne pas me noyer dans la météo danoise. Avec la Norvège comme première étape et donc un budget bien plus serré que la première fois, je me suis aussi rendue compte pour de bon que la ville était scandaleusement chère lorsqu'en cherchant un endroit pour loger, j'ai découvert qu'une chambre en auberge de jeunesse demandait...100 euros la nuit.

J'ai voulu faire un premier essai via Airbnb en espérant trouver une option moins onéreuse. Leur processus de reconnaissance de carte d'identité étant de la merde et n'ayant pas de compte Facebook, ce fût la croix et la bannière pour s'inscrire, et après y être enfin arrivée, les locataires ont tous rejeté consécutivement mes demandes sans raison apparente. Faire un speech argumentaire sur ce site pour être acceptée dans un logement m'a donné l'impression de faire dans la prostitution et en plus d'être refoulée probablement pour délit de sale gueule m'a dégoûtée et je n'y remettrai plus jamais les pieds.

Même si la magie de la ville n'a toujours pas opéré de mon côté, j'ai commencé néanmoins à y voir quand même quelques points positifs. Passée ma déception d'il y a 6 mois, je me rends compte finalement que ces deux voyages dans la capitale danoise ont révolutionnés bien des aspects dans mon existence que je vais creuser un peu par ici histoire de ne pas faire dans le négatif mais dans la positivitay.

Photos de Höst de l'excellent blog culinaire Unfolded.

Je ne parle jamais vraiment de nourriture sur ce blog parce que je ne veux pas trop m'enliser dans cette catégorie virtuelle de "bons plans bouffe que 3 milliards de personnes ont déjà évoqués ailleurs auxquels je n'apporterais rien de plus", mais il faut dire que Copenhague s'est incroyablement distinguée en qualité culinaire. Chaque jour était une véritable claque en matière de nourriture, ma dernière visite a modifié pour toujours mon approche du petit-déjeuner, et chaque restaurant dans lesquels nous nous sommes aventurés lors de nos passages étaient tout simplement exquis. L'apothéose a été atteinte à mes yeux lorsque nous sommes allés manger chez Höst, un restaurant gastronomique au look industriel et rural aux menus multi-passages et à la présentation exceptionnelle.

Le deuxième point qui a métamorphosé mon existence après mon passage dans la capitale danoise, c'est le design d'intérieur. Quand je suis rentrée de mon voyage la première fois, j'ai tout jeté chez moi. J'ai cassé des canapés, roulés les tapis persans de ma grand-mère que j'ai expédiés à tout jamais à la cave, et revendu les trois quarts de mes possessions pour les remplacer par des nouvelles. En passant devant les vitrines des magasins, en constatant l'agencement des restaurants et en observant un certain type de mobilier scandinave, un déclic monstrueux s'est produit dans ma tête, alliant enfin une vision mature et adulte de mon espace de vie et l'optimisation que j'espérais y créer. Depuis moins d'un an, l'intérieur de mes murs s'est transformé en un énorme work in progress tirant beaucoup de mon inspiration de mes voyages dans le nord, et je commence petit à petit à en voir le bout.

Touret luminaire dans la maison de Sophie Cirotteau-Dairaine.

La fois passée j'ai beaucoup axé mon changement au niveau des meubles, cette fois-ci, je me suis un peu plus attardée sur les luminaires. Tous les commerces danois ou presque possèdent un type d'ampoule bien particulier à l'allure rétro qui leur donnent une atmosphère chaleureuse et confinée qui m'a tout de suite séduite. J'ai d'ailleurs commandé quelques globes lumineux lorsque nous sommes rentrés la première fois, mais l'effet n'était pas du tout le même. C'est en mangeant au Mad Mad Mad Bodega que j'ai demandé lors de l'addition où je pouvais trouver exactement le même exemplaire que celles qui se trouvaient au-dessus de ma tête. La patronne amusée par ma demande m'a conseillée d'aller voir au "Magasin du Nord" et j'ai compris sur place que j'avais ignoré le wattage dans toute cette histoire et que la qualité du résultat dépendait sans doute de ça. J'étais déjà en train d'embarquer sous mon bras une dizaine de boîtes Edison avant de percuter que tout ce verre ne passerait jamais les contrôles à l'aéroport en remerciant une fois de plus la déité Interneta d'exister.

Quelques semaines après avoir déniché les bonnes références, je tombe sur un reportage intéressant de La maison France 5 qui clôture pour de bon le projet qui se formait doucement dans ma tête. Je découvre ce qu'est un touret via une nana fabuleuse qui en a reconverti un exemplaire en luminaire de plafond et en quelques clics j'en trouve un pour une bouchée de pain dans les profondeurs de la Belgique pour plagier l'idée de génie sans aucun scrupule. Il n'y a plus qu'à forer et circuiter. Si dans le futur vous constatez que ce blog n'est plus updaté pendant plusieurs mois c'est que le plateau s'est décroché du plafond et que je gis assommée et inconsciente dans ma cuisine. J'ai déjà une épitaphe fabuleuse au cas où :"...encore une idée lumineuse signée Aleks Crément".

Et puis enfin, oeuf corse, le tatouage. On a avancé beaucoup plus vite sur mon bras que ce que j'aurais imaginé, une constatation qui semblait nous étonner tous les deux, le tatoueur et moi, mon corps absorbant l'encre comme un buvard. Le-bras-qui-était-censé-se-faire-en-5-séances pourrait finalement se clôturer lors de la prochaine session, moyennant 10 bonnes heures de travail. Aouch. Je pense déjà à ce que j'aimerais faire au niveau du décolleté, même si je ne suis plus vraiment sûre que Peter s'en chargera. En parlant à nouveau avec lui j'ai appris qu'il disait non à 80% des demandes ou qu'il les déviait chez d'autres tatoueurs, et que certains jours il avait parfois jusqu'à 50 nouveaux clients qui se manifestaient dans sa boîte mail. J'ai carrément sous-estimé la chance que j'avais et maintenant j'ai un peu peur d'abuser de son temps précieux. Je demanderai gentiment la prochaine fois si je peux prendre de nouveau rendez-vous en espérant entendre un oui.



Sinon, chouette nouvelle, il semblerait que ma prochaine (et peut-être dernière...?) séance avec Peter ne se fasse pas au Danemark mais...à Athènes, sur un coup de tête de sa part. Cela fait bien 10 ans que je n'ai plus mis les pieds en Grèce, je suis bêtement emballée à l'idée de changer de décor et de voir où je vais bien pouvoir tomber, même si le souvenir que j'ai de la capitale grecque n'est malheureusement pas fantastique. Une grande partie de mon entourage a malheureusement confirmé que leur propre voyage n'était pas des plus plaisants et que tu mangeais de la pollution matin, midi et soir au point qu'un t-shirt blanc porté sur place devenait noir en quelques heures. Je pense néanmoins pouvoir trouver de quoi suffisamment faire pour me distraire de cette idée et en faire quoi qu'il en soit un voyage enrichissant...Wait and see.

Si la zone de la poitrine se fait toujours à Copenhague, ce que j'espère du plus profond de mon coeur, j'envisage aussi de découvrir le reste du Danemark un peu comme nous l'avons fait pour la Norvège. Le pays a l'air de regorger d'endroits magnifiques chargés de nature et d'héritage dans les zones plus reculées, à l'écart de la ville, et c'est probablement là que j'ai d'avantage envie d'être. Je vous laisse avec "la vidéo la plus relaxante du monde" tournée dans le Danemark sauvage qui confirme mes dires et conclut cet article en beauté...



...et avec quelques images de la Norvège qui me manque déjà terriblement.


jeudi 20 août 2015

10 (AUTRES) GROUPES AU PROGRAMME DE 2015

GHOST



Lorsque je me suis intéressée à Ghost, ce fût bien évidemment sur base de quelques photographies incroyables, de leur popularité fulgurante et sur le mystère absolument dingue qui s'est créé autour d'eux en un temps record. Un immense sentiment de déception s'est emparé de moi lorsque je suis allée écouter leur musique, complètement désarçonnée sur le style qui ne collait pas du tout à l'idée que je m'en étais fait. Il m'a fallu quelques "C'est quoi ça? C'est bien!" dans des lieux variés et improbables pour me rendre compte que laissée de côté ma première désillusion, musicalement quelque chose m'appelait manifestement dans leur son. Impossible à voir en festival sauf avec des jumelles, j'ai laissé tomber l'éventualité de constater si la magie opérait en live à cause des tentes pleines à craquer. Leur tournée annoncée et leur passage dans une des mes salles préférées était une occasion à ne pas rater pour pouvoir enfin profiter du spectacle et me décider sur le statut de ma relation avec eux, et de constater si l'ensorcellement est tel qu'on le décrit.


ACYL



Le Midgardsblot va être une découverte presque totale pour mon ouïe! Je suis particulièrement emballée puisqu'en écoutant la playlist des artistes présents, je ne connaissais pas grand chose et j'ai pourtant tout aimé. Week-end prometteur risque d'être prometteur! Un de mes gros highlight est le groupe Acyl, qui offre un metal très ethnique aux accents arabisants, du pur plaisir pour moi qui suis une très grande adepte de fusion efficace de plusieurs genres et toujours en quête de renouveau et de fraîcheur.


CHELSEA WOLFE



Chelsea Wolfe était sans aucun doute la It Girl d'il y a quelques années, une espèce de Lana Del Rey gothique qui a fait chavirer le coeur de beaucoup de filles du milieu alternatif. Intriguée, j'avais écouté d'une oreille très curieuse ce qui séduisant autant pour finir très déçue, dépitée de trouver sa musique assez plate et barbante à l'époque. Les morceaux de son nouvel opus Abyss se sont incrustés dans mon tumblr et charmée par des visuels envoûtants, je me suis donné une seconde chance. J'ai adoré dès la première écoute le son de cet album aux accents doom et métalliques et soudainement le monde de Chelsea Wolfe s'est ouvert à moi, me donnant les clés de compréhension nécessaires pour attaquer le reste de son répertoire qui m'a finalement énormément plu. Je pense qu'il a fallu ces quelques années de maturation et maturité de mon côté pour enfin apprécier le côté slow tempo qui la caractérise énormément et qui fait d'ailleurs de plus en plus partie de mon metal en général, un aspect qui m'émeut maintenant d'avantage qu'il ne m'anesthésiait.

FORGOTTEN TOMB



Forgotten Tomb est l'un de mes groupes de black metal préféré de ces derniers temps. D'origine italienne, le contenu sied bien au genre en s'inscrivant dans un registre dépressif, nihiliste et suicidaire. J'y retrouve surtout un aspect mélancolique assez accentué qui me happe complètement.


5FDP



Moi qui avais peur de ne jamais vivre un concert de Five Finger Death Punch, c'est la troisième fois que je vais les voir sur l'année! Le copain Ray a adoré leur passage au Hellfest en scandant tout le séjour "Burn Motherfucker Burn!", et ses petits yeux se sont éclairés instantanément lorsque nous lui avons proposé de remettre ça dans quelques mois. J'ai une grosse préférence dernièrement pour ce morceau duo avec Rob Halford, chose totalement improbable puisque je suis une metalleuse en carton qui n'aime pas spécialement Judas Priest.


BEHEMOTH



Une chiée d'opportunités de voir Behemoth se sont présentées à moi sans que je leur donne finalement suite, l'attente et les occasions manquées se sont finalement soldées par une date impeccable dans ma salle fétiche accompagné du groupe Inquisition que j'écoute depuis quelques temps avec une certaine fascination pour l'aspect vocal que Wikipedia a su très bien résumer : "La voix de Dagon est plutôt monotone, il explique que ses vocaux ne sont pas fait pour ressembler à un humain, mais plutôt à une entité inconnue et démoniaque. Il décrit sa voix comme celles de paroles incantatoires. Le rédacteur de Metal Hammer, Robert Müller, compare la voix de Dagon à celle de Kermit la grenouille." Bref, une date bien obscure comme il se doit, je vais certainement m'armer de quelques allumettes à coincer dans mes paupières pour ne pas en rater une seule miette, je n'en attends pas moins qu'une représentation occulte absolument magistrale.

SMASH HIT COMBO



J'ai découvert Smash Hit Combo grâce à un abonné de feu ma nullissime chaîne Youtube qui a eu la gentillesse de me transmettre quelques recommandations musicales pendant ma courte période d'activité de vidéaste. J'étais un peu perplexe en découvrant leur premier album, hallucinée d'une part par la qualité et le rentre-dedans de certains morceaux, mais un peu dépitée d'autre part par le contenu de certains textes plus rapés qui ne collaient pas vraiment à ma personnalité. Lorsque je suis allée les voir il y a quelques années à Bruxelles à l'aube de la sortie de Reset, j'ai immédiatement été attendrie par leur authenticité, leur gratitude et leur modestie. Les albums sont devenus au fil du temps de plus en plus techniques et couillus les projetant en ligne de mire de mes artistes français préférés, et l'entourage avec lequel j'ai dû faire un peu de forcing pour qu'ils dépassent leurs à prioris et leurs préjugés sont tous devenus des adeptes sans exception. J'espère que nous serons plus que la trentaine de la fois passée parce qu'ils le méritent, même si j'avais adoré la proximité qu'avait offert la date précédente.

ANTIMATTER



Je vous parlais d'Antimatter dernièrement, de l'alternatif mélancolique à souhait, dont l'album "Fear of a unique identity" m'a énormément accompagnée ces derniers temps. La voix m'est assez exceptionnelle et reste l'une de mes soundtracks favorites au boulot, j'adore les accents new wave qui s'en dégagent, et le timbre me rappelle un peu celui de Staind.


MYRKUR



Myrkur est probablement mon plus grand coup de coeur de cette année. D'un passé plutôt pop avant de se lancer à corps perdu dans le black metal, elle essuie les insultes quotidiennes de puristes qui ne se lassent pas de la traiter de fake. Dans le milieu, il faut être né dans les cendres de Belzébuth ou être le bébé de Rosemary pour pouvoir être digne du sous-genre, sinon on vous brûle au pilori d'autant plus si vous avez le malheur d'être jolie. C'est lors du visionnage du film Malmhaus que j'ai complètement flashé sur l'alliage de la voix féminine très claire et des gros blasts black metal, en regrettant de ne plus jamais rien avoir entendu de tel et d'aussi audacieux depuis Amesoeurs. Myrkur est apparue comme par magie quelques semaines plus tard dans mes oreilles exauçant mon souhait, en me demandant pour de bon si l'avenir et le renouveau du black n'était finalement pas entre les mains des gens qui venaient d'horizons musicaux hétéroclites, soucieux d'apporter leur vision différente à l'édifice plutôt que de perpétuer une recette à laquelle il faut coller de bout en bout pour se faire respecter. Ayant moi-même un parcours musical assez éclectique et trop varié aux yeux de certains radicaux, je compatis avec la difficulté d'être en adéquation avec ses goûts et ses préférences surtout lorsque les autres décident que vous n'en êtes pas digne. C'est une lutte constante entre être fidèle à soi-même ou tout envoyer chier, c'est profondément lassant, et rien que par empathie, je lui témoigne tout mon soutien.


MASS HYSTERIA



J'ai 27 ans, et je n'ai jamais vu Mass Hysteria. On n'est pas dans la merde. Je ne m'attends pas moins qu'à une très grande déglingue (ou un joyeux bordel, selon) et à un pit absolument parfait. Je serai de toute façon dans l'optique de bouncer (du verbe bouncer, si si) et pour célébrer l'hystérie et la furie qui sont malheureusement de moins en moins présentes dans mon vieux corps mais que j'aime toujours raviver de temps en temps.

vendredi 14 août 2015

EVERY SCAR WILL BUILD MY THRONE

Avec les années, je suis devenue moins hystérique à l'annonce des nouveaux albums et concerts de Bring Me The Horizon. Mon évolution musicale étant ce qu'elle est, j'ai en effet privilégié ces derniers temps les basses lourdes et les voix criardes, me détournant progressivement de leur son éléctro-pop-en-devenir, même si je leur jette toujours une oreille aussi curieuse.

Bring Me The Horizon, dans la poésie comme dans la vulgarité, a toujours su trouver les mots justes à mes yeux, abordant des sujets étrangement similaires aux choses que je vivais, un parallèle étrange, une symbiose qui m'a toujours plue. "Throne", leur nouveau single, ne fait pas exception à la règle et définit une fois de plus de manière impeccable mon état d'esprit actuel, un hymne à l'orgueil et la fierté et une mise en bouche fabuleuse de "That's the spirit" qui sortira pile poil pour mon anniversaire.


"I’ll leave you choking on every word you left unspoken. Rebuild all that you’ve broken. And now you know every wound will shape me, every scar will build my throne. So you can throw me to the wolves, tomorrow I will come back, leader of the whole pack. Beat me black and blue, every wound will shape me, every scar will build my throne."

mercredi 12 août 2015

A BLAST FROM THE PAST # 1 : SEOUL BY NIGHT


Si je n'ai pas encore évoqué Séoul, c'est pour deux bonnes raisons. La première c'est que je suis fainéante et que je n'ai pas encore eu le courage de traiter 3000 images. J'ai d'ailleurs dû trouver une astuce pour scinder l'affaire et enfin mettre un terme à le procrastination en décidant finalement d'aborder la ville selon plusieurs thématiques photographiques afin de trier et retoucher par "palier".

La deuxième raison, c'est que je n'ai pas aimé la ville. Du tout. Et que je voulais prendre le recul nécessaire pour pouvoir en parler, puisque "la nuit porte conseil" et qu'au lieu de cracher mon dégoût, je préférais mettre de l'ordre dans mes idées et laisser les choses se tasser. J'ai bien digéré cet épisode à présent, me surprenant à penser l'autre jour qu'étrangement la Corée à sa manière me manquait presque, un drôle de sentiment quand je me souviens de la brutalité de mon jugement quand nous sommes arrivés. Peut-être que la mélancolie urbaine qui s'emparait de moi au milieu de la nuit du haut de mon gratte-ciel coule toujours dans mes veines. Il paraît qu'on appelle cette sensation le syndrome de Nathaniel.

Quand nous avons en effet débarqué à Séoul, j'ai paniqué. Des masses de gens circulaient dans tous les sens, j'étais bousculée de tous les côtés, des chariots remplis de valises me tapaient dans les tibias et m'écrasaient les pieds. Personne ne parlait anglais et nous avons réussi à rejoindre l'hôtel grâce à la famille de Seb qui nous attendait sur place. Arrivés dans notre chambre, j'ai fondu en larmes. Je ne sais pas si c'était les heures de vol au comptoir, le jetlag ou la traversée en bus interminable dans un brouillard de pollution au milieu d'embouteillages massifs, mais ce n'était pas du tout ce que j'avais imaginé. J'ai compris immédiatement que ce ne seraient pas du tout des vacances et que je ne tomberais pas amoureuse de ce continent, me demandant ce qui m'avait pris de m'envoler à l'autre bout de la planète pour me retrouver dans une ville qui me rendait dingue en quelques heures et qui était déjà en train de m'avaler toute crue. J'étais déphasée et dépaysée et je m'en voulais terriblement de me sentir comme ça alors que nous étions présents pour célébrer un heureux évènement.

Les jours suivants ne furent qu'une succession d'observations qui me rendaient triste ou me mettaient en colère. J'étais dans un pays où il y avait plus de selfies sticks et de panneaux publicitaires que d'arbres. Où les filles se lissaient les cheveux dans les restaurants entre deux bouchées de kimchi. Où il est impossible de se laver les mains aux toilettes, parce qu'elles sont toutes collées aux miroirs en train de se remaquiller, obsédées par leur apparence. Où il est très mal vu de se démarquer d'une quelconque manière, esthétiquement et vestimentairement. Où les t-shirts vantent des slogans curieux tels que "different","unique" ou "slut", qu'ils portent tous mais que manifestement personne ne comprend. Où il ne faut absolument pas faire de vagues et marcher au pas. Où tous les quartiers sont exactement similaires, bouffés par des grandes enseignes de cosmétiques et de multimédia. Où on a l'impression étrange à chaque coin de rue d'être déjà passé par là comme coincés dans une boucle, dans un cauchemar sans fin. J'ai passé 10 jours dans une ville où je n'ai pas croisé le regard d'une seule personne, tous obnubilés par leur téléphone. Où la population semble avoir vendu son âme pour la brader contre un confort technologique. Où les gens ne sont pas des êtres humains mais littérallement des zombies. Où le service militaire est toujours une obligation. Où le mariage sert encore avant tout les intérêts familiaux. Où le reste du monde n'existe tout simplement pas, comme si sur la planète il n'y avait rien d'autre que leur île. Où dans certains endroits on applique le racisme anti-blancs. Où on crée des grands immeubles qui cachent le ciel  pour y entasser des gens qui n'attendent que d'y mourir. Où les groupes de musique font office de lobotomisation massive en te donnant l'illusion d'être dans un pays libre où l'individualité et l'extravagance sont permis.



Séoul, malgré le désenchantement, a probablement été le voyage le plus important de toute mon existence. Avant avril 2015, depuis 27 ans, les choses étaient acquises. Il a fallu que j'aille en Corée et que je fasse 15 heures de vol pour me rendre compte de ma chance. D'être européenne, notamment. Je n'avais pas compris avant ça à quel point la multiculturalité était importante, nécessaire, primordiale et que je devais me nourrir d'avantage du fait que de nombreuses personnes autour de moi venaient d'horizons différents. Une richesse que d'autres n'ont pas, enfermés et cadenassés dans leur prison, dans leur culture. Que je devais apprécier d'avantage d'être dans le noyau de l'Europe, berceau de  la diversité en plus d'être une sacrée porte ouverte sur "l'autre". Une position qui me permet d'aller voir ailleurs dès que j'en ressens le besoin ou l'envie, et qui me permet d'entrevoir plus loin que mon mode de vie. J'ai compris que j'avais la chance aussi d'avoir des espaces verts à ma disposition, et de l'oxygène, que je c'était un privilège de pouvoir me promener sans masque anti-pollution. Que j'étais dans un pays où on me laissait tout simplement de la place pour y vivre, où mes yeux n'étaient pas sans cesse agressés par des néons et violés par des messages publicitaires, et où je pouvais tout simplement respirer. Séoul m'a aussi fait comprendre pour de bon que j'étais quelqu'un qui s'épanouissait et se nourrissait de nature et que dès que je le pouvais, je préférais m'éloigner du béton.

J'ai été prise par le désir de regarder pour la 150ième fois Lost in Translation en rentrant de Corée. Et comme je m'en doutais, je ne l'ai enfin compris que pour la première fois. Moi qui m'étais arrêtée auparavant sur le chuchotement de Bill Murray, la perruque de Scarlett ou les discussions sur les oreillers, la raison de mes pleurs était très différente cette fois. J'étais Charlotte pendant deux semaines. Perdue, hébétée, sans repère, dépitée et avec le mal du pays. En train de pleurer de ne rien ressentir sinon des choses négatives et culpabiliser de ne pas pas sourire bêtement comme tout le monde. Je pensais rentrer de cette partie de l'Asie comme tout un chacun, avec des étoiles plein les yeux en stipulant que j'avais l'impression d'être allée sur une autre planète. Il y avait une part de vérité dans ce qu'ils disaient. Il s'agissait bien d'un autre monde certes, mais un monde dans lequel sous aucun prétexte je n'aimerais vivre. Alors je me demande parfois si les gens se mentent, ou si je fais simplement partie de cette catégorie infime de personnes atteintes du syndrome de Sofia Coppola.

"Sometimes you have to go halfway around the world to come full circle."


dimanche 9 août 2015

LAST DAYS FOR LONG HAIR


Aussi rationnel soit-il, l'être humain persiste à penser qu'il possède des pouvoirs magiques dans ses cheveux. Il y a ceux qui les possèdent, et qui sont terrorisés à l'idée de les perdre. A les écouter, les couper reviendrait à amputer tout le charme dont ils font preuve et à abdiquer entièrement de leur personnalité. L'hypnose serait brisée, le pouvoir de fascination éclaté, c'est bien simple, l'amour qu'on leur porte disparaîtrait à partir du moment où ils viendraient à s'en débarrasser, comme un sort vaudou qui cesserait de fonctionner.Et puis il y a les autres, ceux qui sont dénués de sorcellerie et qui la recherche ardemment. Ils jonglent entres les tons et les couleurs, les coupes et les longueurs, avec l'espoir ferme de découvrir dans le miroir quelqu'un de différent. Un de mes albums préférés de ces derniers mois dit tout:  "Fear of a unique identity".


Je n'ai plus parlé de mes déboires capillaires ici depuis longtemps... Je suis allée voir le pape des cheveux en Belgique qui m'a dit la même chose que tous les autres face à mes soucis : qu'il ne savait pas. Je fais partie de cette masse de gens qui errent sur les forums en quête des mêmes réponses que moi sans jamais les trouver, j'en ai déduit qu'il n'y avait rien à faire et me suis ralliée à l'opinion générale: que ma douleur était d'ordre nerveux. J'entre dans une nouvelle phase en septembre dans le but cette fois-ci non plus d'être guérie, mais d'être soulagée. Le problème est là et ne peut pas être traité, il faut alors trouver des solutions pour apprendre à vivre avec, chose que je n'arrive plus à faire depuis de nouveau plus d'un mois et qui commence à prendre des accents d'autodestruction.

Je vais entamer mes premières séances chez un chiropracteur et un acupuncteur en espérant aller vers un mieux. J'ai aussi pris la décision sur les conseils de mon ami-collègue d'aller chez un psychologue pour entamer une thérapie comportementale, pour essayer de calmer mes accès de trichotillomanie, qui ont atteint des pics alertants ces derniers temps, après pourtant des longs mois d'absence totale mettant de nouveau fin à cette période agréable de stabilité.

Je me décide à poster ce petit article pour tout un tas de raisons. Je repense à ma voisine au boulot qui a tergiversé pendant deux semaines avant de se couper 10 malheureux centimètres de cheveux, comme si on allait lui retirer un rein. A l'un de mes meilleurs amis qui a les mêmes angoisses que moi et qui me demande ce qu'il doit faire à partir du moment où son reflet devient une hantise au quotidien. A Seb, pour qui aller chez le coiffeur était beaucoup plus stressant qu'aller chez le tatoueur, ce qui est complètement insensé puisque le deuxième a un caractère irréversible et pas l'autre. A tous ceux qui me demandent mon avis, je leur dis la même chose: "rase, coupe". Ils reviennent chacun de leur métamorphose pourtant si redoutée en utilisant tous les mêmes mots, qu'à présent ils sont "libres et légers". Année après année, la conclusion se dessine à mes yeux de plus en plus nettement: les cheveux sont une prison. Break Free.


mardi 4 août 2015

2015' SUMMER DIARIES #4: NORWAY OF LIFE, DAY 3.



La veille de notre dernier jour en Norvège, j'avoue à Seb que j'espère qu'il fera moche le lendemain. Le temps radieux jusque-là était un véritable plaisir pour explorer et se balader au sec mais ma tête se souvient pourtant de paysages embrumés et d'une atmosphère complètement différente que celle que nous avons expérimentée jusque-là. Je saute de joie le matin suivant lorsque j'ouvre la porte de notre cabine pour me rendre aux sanitaires en découvrant tout le camping tourné la tête vers les montagnes, la pluie tombe en effet doucement dans la vallée et le brouillard saturé de gros nuages blancs a enfin repris ses droits. Quelques dingues se ruent sur les kayaks pour s'enfoncer dans les fjords alors qu'on ne voit pas à trois mètres et je regrette de ne pas avoir plus de temps pour les suivre. La journée s'avère en effet chargée, entre les quatre ferrys à prendre pour voir quelques stavkirkes assez reculées et la visite d'Undredal, on n'a pas vraiment de temps pour pagayer.

Un livre découvert à l'aéroport de Bergen tout à fait représentatif de la culture du Nord.

Un exemple parmi d'autres du rapport à la météo norvégienne dans lequel je me reconnais assez!

Quand j'ai préparé le voyage, je suis tombée sur une ferme de chèvres que l'on pouvait visiter moyennant un sacré détour. J'ai eu la bonne idée d'aller vérifier les heures d'ouverture la veille de notre départ pour me rendre compte qu'elle fermait les seuls jours où nous étions présents, brisant par la même occasion mon coeur en 1000 morceaux. Passée ma déception, je me suis dit qu'il devait y avoir plus d'un élevage dans le coin, et en quelques clics je découvre que la stavkirke la plus proche de notre camping se situe en fait au coeur d'un village où s'y trouve 300 chèvres pour une cinquantaine d'habitants, produisant le fromage de toute la région! 

Lorsque nous sommes arrivés, l'église d'Undredal était malheureusement fermée à cause d'horaires particulièrement étriqués ce qui m'a énormément déçue puisque malgré sa petitesse, l'intérieur semblait vraiment joli et assez différent de toutes celles que nous avions programmées. Mais surtout, le pire : pas une seule chèvre à l'horizon. Un cochon dans un jardin, oui, un coq qui traverse la route, aussi, mais pas une seule paire de cornes dans le quartier.Chose étrange puisque j'avais vu des photos un peu dingues de personnes bloquées dans leur voiture à cause de troupeaux massifs qui bloquaient le passage. C'est en allant dans une échoppe locale pour acheter un bloc de fromage brun que le vendeur nous recommande de regarder sur les flancs en hauteur pour les apercevoir, et en effet sur le chemin du retour, un troupeau se dessine en altitude et mon regard s'illumine. Après une grimpette musclée sous leurs regards observateurs et un peu moqueurs elles viennent toutes se faire caresser, et c'est de loin la meilleure manière de commencer une journée!

Route d'Undredal
Eglise d'Undredal
Le fromage de Norvège est...brun! Son goût est sucré et assez indescriptible.
Intérieur loupé de l'église.
Détail du lustre.

Ensuite, au planning, c'est la visite de Borgund, l'église en bois la plus populaire à mes yeux de toute la région et celle que je voulais voir par dessus tout! Nous avons traversé un tunnel de 25 km pour y arriver en apprenant que c'était le plus long du monde, alors que celui de 12 km pour aller jusque Flam nous semblait déjà interminable. Il nous a fallu une demi-heure pour en voir le bout, le tunnel est orné de grandes voûtes lumineuses impressionnantes taillées dans la rocaille qui apparaissent tous les tiers de la distance pour éviter de s'endormir! Nous avons eu la mauvaise idée de nous arrêter à l'une d'entre elles pour y prendre des photos et y perdre en souffle quelques années de notre vie.

Borgund était à la hauteur de sa réputation, son envoûtement était inégalable. La noirceur du bois, les volutes celtiques, et les runes gravées dans ses murs avaient bien des secrets à dévoiler, et elle fût de loin ma préférée! J'ai photographié tout ce qu'il y avait dans la boutique souvenir, hésitant longuement sur l'acquisition directe de certaines pièces avant de me raisonner en décidant de les acheter sur internet pour ne pas dilapider mon argent tout de suite. Grave erreur. Un bijou que je voulais absolument est tout simplement introuvable et une version de l'Edda poétique qui me plaisait enfin se vend en ligne 10 fois son prix original. J'ai fini par en trouver un au prix raisonnable en Australie(!) qui devrait arriver d'ici...octobre. Vive la poste. J'ai aussi complètement flashé sur un livre en norvégien sur les intérieurs nordiques qui m'a fait beaucoup fantasmer si un jour j'avais les moyens et les couilles de m'acheter une cabane dans les bois, une maison.


Le petit musée inclus dans la visite m'apprend énormément de choses sur le sujet. Notamment que sur le millier d'églises qui se trouvaient en Norvège il n'en reste qu'une vingtaine à cause d'une législation stupide qui voulait que les bâtiments religieux ne dépassent pas une hauteur bien précise à une certaine époque, rasant sans concession tout ce qui allait au-delà de cette limite. J'ai aussi beaucoup appris sur la Fortidsminneforeningen, l'organisation aux aspects franc-maçonniques qui a sauvé une grosse partie du patrimoine du pays en arrêtant le massacre et nous permettre de visiter encore quelques églises à l'heure actuelle.

La suite de la journée se déroule par une succession de ferrys pour atteindre des îlots et en déceler des trésors cachés. J'attendais énormément Urnes, dont les ornementations sont absolument renversantes et superbement bien préservées, joyau du style portant d'ailleurs le même nom. Les arrondis me rappellent un petit peu l'art nouveau, et le travail du bois est tellement stupéfiant qu'on dirait souvent du métal!

Clôture du chapitre norvégien...pour l'instant! Je retourne sur les terres nordiques dans deux semaines pour le Midgardsblot près d'Olso, pour lequel j'ai bien évidemment fini par craquer... A suivre dans les aventures estivales: un topo de l'évolution du tatouage et des futurs projets, et un condensé d'inspiration danoise! See you later, conquistador!

Urnes'style.